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 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)

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Edward Cullen
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MessageSujet: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Sam 24 Juil - 15:46

Assit dans un bar, dans le coin le plus sombre de la pièce, j’attendais. La fumée ambiante, l’alcool, la transpiration qui recouvrait vulgairement l‘essence des gens attablés, tout ceci m’agaçait. Me révoltait. Me répugnait. Et pourtant, rien de tout cela ne parvenait à me détourner de la soif. Cette soif même qui me consumait de l’intérieur. Brûlait au fond de ma gorge. De mon esprit. Effaçant tout en moi. Et ces pensées … Futiles ou vulgaires. Obscènes. Parfois abjectes.

Hum, comme il était difficile de rester immobile, ma main sur cette chope de bière encore intacte, alors que de telles pensées chatouillaient ma conscience, me harcelaient, sans me laisser le moindre répit. Alors que la soif était si grande en moi. J’aurais pu me lever. M’approcher de la table voisine…

Ô oui ! La scène déjà, m’apparaissait, si réelle, si alléchante.

Comme j’aurais pu, en un instant, laisser les sens m’envahir. Ils m’auraient tout de suite mené à ce quinquagénaire au rythme cardiaque bien trop rapide à mon goût. Je savais qu’il n’aurait suffit que de quelques secondes pour le vider de son sang. Mes dents dans sa gorge grasse, une main sur sa bouche, l’autre sur ses côtes, j’aurais aspiré sa vie comme on ballait un fétu de paille. Ses pensées se seraient ainsi tues en même temps que son cœur, en donnant un sursit à mon esprit fatigué. Mes yeux auraient rougis tandis que l’énergie ravivait mon corps autant que mes pensées. La soif se serait calmée un instant. Rien qu’un instant avant de rugir de nouveau, rendu forte par l’attrait du sang qui s’écoulait en moi. Et rien n’aurait pu alors se dressait entre moi et son compagnon de débauche. Mes narines dilatées capteraient chaque molécule de son arôme. Avait-il bu suffisamment pour que l’amertume de l’alcool teinte le goût de son sang ? Je ne savais pas. Mais de toute façon, son parfum n’avait rien d’alléchant. C’était juste un besoin. Un besoin qui était en moi. Souverain. Et puissant. Il aurait été facile de me laisser aller. Chaque personne de ce bar était émoussée par l’alcool qui contaminait ses veines. Deux autres auraient pu mourir avant que quiconque ne remarque rien. Et même alors, j’étais rapide. Personne ne m’échapperait. Chacune de leurs pensées m’appartenait et affaiblissait mon contrôle. Leur sang me nourrirait si bien …

Mais … Non. Je n’étais pas là pour ça. Je devais me ressaisir. Me concentrer. Je ne voulais pas être un monstre. Enfin … Pas comme ça. Je ne tuais pas les gens pour le plaisir. Je ne devais pas me laisser aller. Rester attentif à l’homme accoudé au bar devant moi. Cet homme qui, pour corriger ses crimes, allait le payer de sa vie. Oui, c’était pour ça que j’étais là. Rendre justice quand notre état n’était pas capable de le faire.
Pourquoi me nourrir d’animaux lorsqu’il y avait tant d’horreurs en ce monde ? Pourquoi ne pas aider la société en faisant disparaître les personnes répréhensibles ? Non, il ne fallait pas que je pense à mon passé maintenant. Je n’avais rien avalé depuis plus d’une semaine. La soif m’empêchait de réfléchir clairement. Les odeurs aussi. Mais ce soir, c’était fini. Je tenais ma proie. Les yeux plus noirs que les ténèbres. Le cœur mort. Je n’étais plus personne. Rien qu’un être pensant vêtu à la mode du quartier. Un t-shirt noir sous un bombers noir également. Un jean sali par le temps. Personne ne remarquait ici de différences. Non, personne, puisqu’ici seuls venaient les gens en affaire. Petits truands qui ne se souciaient pas du regard sombre ni de la pâleur de l’homme assit au fond de la salle.

Tout à coup, il se leva et laissa échapper un billet de sa main aux ongles jaunis. Sans un mot, il se dirigea vers la sortie. Sans un mot, je me levais et le suivi. Lorsque je refermais la porte derrière moi, il avait disparu au coin de rue suivant. Ce n’était pas grave. Ses pensées me guidaient vers lui. Il cherchait une proie. Jeune femme égarée. Un esprit faible dans un corps faible dont il pourrait abuser, se disait-il. Il se voyait comme un prédateur. Un lion peut être. Pourtant ce soir, il ne se doutait pas que c’était lui la proie.

JE suis le prédateur, me dis-je un sourire carnassier aux lèvres.

Le type tourna sur la droite, dans une ruelle sombre où les réverbères avaient été cassés. Silencieux, je longeais le mur du bâtiment devant moi et restais au coin à l’observer. La rue était quasiment déserte. Normal pour un criminel en chasse … Très bien. Ca m’arrangeait. Une jeune femme passa dans la rue voisine et je priais pour qu’elle ne prenne pas cette route là.

Lui s’imaginait déjà face à elle. Comment la peur apparaitrait dans ses yeux quand elle comprendrait. Sa respiration s’accélèrerait. Ca bien sur, il ne l’entendait pas, mais parfois, elles se mettaient à haleter, ce qui l’excitait au plus au point … Les appels à l’aide qui mourraient dans sa gorge au premier assaut…

Non ! Arrêtez s’il vous plait ! Je ne voulais plus entendre ses pensées. Je ne voulais plus de tout ça … Qu’elle passe son chemin. Qu’on en finisse …

Je ne sais pas si elle m’entendit mais elle continua sa route. Et moi, incapable d’attendre plus, je sortis de la pénombre et entrai dans l’allée, face à lui. D’abord il ne me vit pas, puis ses yeux s’étrécirent. Tout confiant qu’il était, il ne recula pas mais au contraire avança. A quoi pensait-il ?

Moi déjà, mes narines se dilataient, et je sentais sa transpiration, puissante et salée. Le sang qui coulait dans ses veines, propulsé par les battements de son cœur. Ce sang auquel j’aspirais tant. Sucré. Epicé. En un instant je fus sur lui. Et avant qu’il n’ait pu émettre le moindre son, mes dents trouvèrent leur place dans sa jugulaire. La bouche pleine, j’avalais ce fluide qui chantait en moi, si parfait. Je me gonflais de lui, m’emplissait d’énergie. J’étais plein de lui. Sang. Odeur. Et la brûlure dans la gorge disparut. Ô comme c’était bon. Comme l’aboutissement de quelque chose. Les battements de son cœur cessèrent bien trop vite. Et déjà, déjà l’incendie de ma poitrine, bien que plus faible, se ravivait. Mon regard s’étrécit. Je n’avais même pas eu le temps de voir cette peur qui l’enivrait tant prendre cœur dans ses yeux. Je soupirais et me saisi du corps avant de me fondre dans l’obscurité. Me dépêcher. Ne pas laisser de traces. Ne pas éveiller les soupçons. Je pris la direction du lac, tenant l’homme comme s’il avait été ivre. Je plongeais, l’entrainant à ma suite, et nageais quelques instants. Après ça, je m’enfonçais profondément sous la surface et le lestant de grosses pierres, l’accueillais dans sa dernière demeure. Je ne m’attardais pas et sorti vite de l’eau, dégoulinant. La nuit était déjà bien avancée, aussi je pris la direction de mon refuge, longeant les murs, évitant les rues fréquentées. Ne pas éveiller les soupçons.

Depuis deux jours, je logeais dans un hôtel miteux dans North Clark Street. J’avais eu besoin d’un pied à terre après un long moment passé à errer. Une douche. Un endroit sur pour éviter d’être exposé au soleil … Et puis, j’avais trouvé approprié de loger dans la fameuse rue où Al Capone et ses fidèles avaient commandité le massacre de la Saint Valentin. Vu ce à quoi je passais mes nuits …

A peine eussé-je fermé la porte de ma chambre, que je laissais tomber les clefs sur la commode et me dirigeais dans la salle de bain. La rage qui m’animait toujours après de tels moments m’emplissait aussi surement que le sang de cet homme. J’enlevais mes vêtements rapidement et entrais sous la douche. Je laissais l’eau bouillante s’écouler sur moi. Les mains appuyaient contre le carrelage, la tête penchée, j’attendais un soulagement qui ne venait jamais. La chaleur de l’eau me rappelait la chaleur de son corps. L’eau qui s’écoulait, son sang. Comme dans un cauchemar je m’immergeais de ce fluide vital. J’étais responsable de tant de morts. Hommes et femmes. Tous l’avaient mérité.

Enfin je crois, me dis-je, pernicieusement, mes muscles se contractant sous le poids de mes paroles.

Je ne savais plus. Ces derniers temps, je chassais de moins en moins, attendant de ne plus pouvoir tenir avant de me nourrir. Ce n’était pas prudent, je le savais. Et … Oui, la mort des gens n’était pas chose aisée. Pas pour moi, qui avais tant aspiré à ne pas devenir un monstre. Qu’étais-je à ce jour, pour me permettre de décider de la vie et de la mort ? Mais ce sang … Tout mon être n’aspirait qu’à une chose. M’abreuver de ce sang. Je ne pouvais pas tenir autrement. Il me fallait y goûter. Et malgré le peu de contrôle que j’avais pu acquérir avant, je me sentais perdre pied peu à peu. Plus j’y goûtais, plus je m’en délectais. Plus le besoin grandissait. Ces derniers temps, je ne voyais presque plus la différence entre le monstre et moi. Lorsque la frénésie de la chasse me quittait, mes muscles se détendaient mais mes pensées, elles, restaient les mêmes. En partie. Trouver une proie. J’avais peur que le jour vienne où je ne m’attaquerais plus aux criminels. J’avais peur, même si la plupart du temps, je n’osais pas me l’avouer.

Soupirant, je fermai les robinets, pris une serviette et me séchais rapidement. J’enfilais alors un pantalon noir et un sous pull gris, seuls rechanges que j’avais en plus de mon autre tenue. Retournant dans la chambre, je me laissais tomber dans un fauteuil en laine marron et me saisi du journal. Mais alors que mes yeux parcouraient les grandes lignes de la Une, je ne pus empêcher mes pensées de s’envoler loin, vers ce qui avait été ma famille il y avait une éternité me semblait-il. Et là, la question que je ne voulais pas formuler naquit dans mon esprit, insidieuse.

Que faisaient-ils en cet instant ?

****************

Une nouvelle semaine s’était écoulée. Je n’avais pas quitté la chambre hormis trois jours plus tôt où j’étais allé au Calumet park pendant la nuit. Je ne savais pas ce qui m’avait poussé à m’immerger dans ce qu’on trouvait de plus proche de la nature en ville, mais ça avait été une mauvaise idée. Les souvenirs me revenaient en mémoire, me dégoutaient. Ils me faisaient douter. Je ne pouvais pas. Je ne devais pas … Et lorsqu’au détour d’un chemin, j’étais tombé sur un couple assit sur banc, la brûlure de ma gorge plus forte que jamais, j’éprouvais déjà de grandes difficultés à ne pas me laisser aller à ma vraie nature. Fiévreux et honteux, je rentrais chez moi et restais enfermé le reste de la semaine.

Le passé semblait me rattraper. Les vestiges de mon moi humain, bien que flous, s’ancraient maintenant dans mon être, comme dans l’effort final qui précède le dernier souffle. L’amour de mes parents. Quelle était donc cette chose ? L’amour. Je n’étais plus rien aujourd’hui. Plus de compassion, ni amour, amitié, tout ceci c’était agenouillé devant la soif de sang humain qui régnait en moi. Les regrets me frappèrent de nouveau, et assit contre le mur, je me recroquevillais, la tête sur les genoux. Quelle lugubre existence ! J’étais plus mort que vivant, et j’entrainais dans mon sillage bon nombre de vies humaines. Pourquoi ? Encore les souvenirs me hantaient. La maladie frappant ma famille de plein fouet, tuant mes parents et me laissant pour morts. Et alors, le visage d’un médecin que je connaissais trop bien m’apparut. Je fermais les yeux dans un vain effort d’oubli. J’avais laissé cette vie derrière moi. Je me perdais au milieu de futilités.

Je savais une chose. Il était impossible de lutter contre notre nature. Je fis une grimace à la pensée du « nous ». Ma nature. Qu’importe le régime, qu’importent les efforts, au final je restais un monstre doué de capacités effrayantes. Les animaux n’étaient rien comparés aux humains. Toute cette puissance. Ce goût si merveilleux, même chez les moins alléchants de l’espèce. C’était comme comparer une œuvre de Leonardo Da Vinci et un dessin d’enfant en classe élémentaire. Il n’y avait pas d’analogie possible.

*****************

Quatre nouveaux jours avaient passé. La soif était si grande maintenant qu’il m’était impossible de ne pas y penser. Je m’étais tellement cramponné au fauteuil lorsque la femme de ménage était passée plus tôt dans le couloir que j’en avais détruit les accoudoirs. Maintenant il faudrait que je masque les dégâts pour ne pas attirer l’attention. Pourtant, en cet instant je n’en avais que faire. Seule la faim dévorante importait. Je savais qu’un étage plus haut, un homme était là. Un parfum sucré bien qu’acidulé. Un rythme cardiaque plutôt lent. Deux portes plus loin, deux femmes s’y trouvaient, à l’essence beaucoup plus poivrée. L’une avait un cœur aux battements alanguis tandis que l’autre était plutôt saccadé. Et si tentant … Chaque personne de l’hôtel m’apparaissait clairement. Leur odeur … Le son de leur cœur … Tout ceci emplissait mes oreilles et mon odorat bien plus que leurs pensées encombraient les miennes. Une cacophonie sensorielle qui mettait peu à peu à bas mes dernières barrières. Je ne pourrais pas tenir un jour de plus. Il fallait que je sorte. Il fallait que je parte en chasse, avant de craquer et d’attaquer des innocents. Tant que j’en étais capable, si tel était le cas …

Je respirais un bon coup, cherchant du courage là où il n’y en avait plus depuis des temps reculés, et tous les sens en éveil, je me levais prudemment. J’étais resté dans la même position depuis trop longtemps. Retournant dans la salle de bain, je me changeais rapidement, remettant mes vieux vêtements et mon blouson, pour me fondre dans la masse des bas quartiers. Sans un regard dans le miroir, de peur de ce que je pourrais y trouver, je sortis rapidement de la pièce. Personne dans les couloirs. Je quittais la chambre d’hôtel, longeant les murs, allant aussi vite que possible. Passant pas la sortie de secours, je descendais les deux étages de marches d’une allure trop rapide pour un homme normal. Je devenais imprudent en plus de ça … Lorsque je me retrouvais enfin à l’air frais, je ne pus empêcher une profonde respiration, qui emplit ma bouche de diverses senteurs plus ou moins alléchantes. Trop alléchantes pour certaines. Il y avait peu de monde dans la rue, je décidais malgré tout de ne plus respirer. Pas tout de suite. Il ne fallait pas que je craque maintenant, dans une rue éclairée, devant de possibles témoins, sur un possible innocent. Non, je ne pouvais pas.

Evitant les rues passantes, la population, j’avançais rapidement. Je savais où je devais aller. Le quartier des prostitués. Au sud de la ville. Je trouverais à coup sur un malfrat à la recherche d’un plaisir malsain, ou mieux encore un proxénète. J’en avais besoin. Et tout de suite …

Après vingt minutes d’une marche des plus éprouvantes, j’arrivais dans le district voulu. Bien. Maintenant il me fallait une victime.

Une proie, rectifiais-je, me fustigeant intérieurement.

Sur ma droite, deux prostitués discutaient avec un marin en permission. Le recours à de telles méthodes me répugnait, cependant, cet homme n’étais pas un criminel. Il était innocent. Aussi, utilisant toute la volonté qui me restait je passais mon chemin et tournais au coin de rue, m’enfonçant dans la pénombre face aux quais. Plus loin sur la droite, les lumières de la ville se reflétaient sur le grand lac, lueur fantomatique. Je ne restais pas admirer le paysage et m’enfoncer derrières les entrepôts. J’avais plusieurs fois retrouvé des prostituées dans ce coin là. Et rarement seules…

Je tournais sur ma droite, passant devant un bâtiment sur les murs duquel on pouvait lire A8. Je savais qu’à la prochaine intersection, plus à gauche, je tomberais sur ce que je cherchais. A l’entrepôt B9. Je les entendais. Leurs pensées, altérées par le plaisir pour lui, et par la contrainte pour elle. Il se faisait appeler Le Rouge. Tout le monde dans Chicago avait entendu parler de lui. Tous ceux qui s’intéressaient un peu au milieu. Mais mieux protégé que le président lui-même, et plus prudent que quiconque, la police n’avait jamais réussi à l’arrêter. Toutefois, ce soir il était là, à quelques pas de moi, abusant de cette fille. Ses gardes étaient trop occupés à compter fleurettes trois entrepôts plus loin. Ce soir, la chance me souriait enfin. Je m’approchais sans un bruit. Je devais rester là, attendant mon heure. Que la fille s’éloigne. Et alors, en quelques fractions de seconde, mes dents trouveraient sa gorge, et je l’extrairais de sa vie, invisible au reste du monde, dans une explosion sensorielle qui comblerait le néant incandescent de ma gorge.

Aux aguets, je les attendais, chaque muscle tendus sous la pression. La soif me tiraillait plus que jamais. Et cet homme faisait naitre la rage au fond de moi, tandis qu’il déshonorait un peu plus cette femme. Ce qu’elle faisait ne sembla pas lui plaire car alors, il lui envoya une main dure en pleine face, la faisant tomber à la renverse. Je ne pus empêcher un grognement sourd de sortir de ma gorge.

« C’est tout ce que tu es capable de faire ! Minable ! Je ne sais même pas pourquoi je m’encombre avec toi ! » disait-il, furieux.

La pauvre fille, elle, le regardait, ses yeux agrandis par la peur. Elle savait qu’elle risquait sa vie. Elle savait que c’était peut être la fin. Le proxénète s’avança encore, la rage abimant ses traits autant que les miens, et envoya son pied droit dans le ventre de la courtisane.

C’est alors que je me rendis compte de mon erreur, tandis qu’il était déjà trop tard. L’air avait empli mes poumons. Plein de son odeur à lui. Et surtout, surtout, son sang à elle, qui perlait au coin de sa bouche, comme une invitation à un dernier baiser. Oui, une embrassade qui la consumerait autant qu’elle m’éveillerait. Mes sens s’ouvrèrent au monde pleinement cette fois, tout contrôle m’échappant.

Son cœur à elle, rapide mais versatile. Sa respiration saccadée, propulsant son arôme avec plus de puissance encore. Et son parfum. Sucré comme toujours, comme du miel de fleurs d’acacia. Avec à la surface, une altération de ce bouquet merveilleux par les drogues qui contaminaient son sang. Elle était tentante, ô oui ! Elle l’était au plus au point.

Et lui, qui m’avait empli de tant de colère. Son rythme s’était accéléré aussi, mais pas sous la peur, non, sous l’excitation. Et son sang, bien que plus corsé, chantait. M’invitait à venir y goûter. Embrasser la rage qui échauffait mon corps. Tout ceci je le perçus en un instant. Si bref, et pourtant bien trop long pour la bête acharnée qui s’était éveillée en moi, rugissant plus fort que jamais.

Plus rien ne comptait. Seule cette route qui me séparait de mes proies. Ces rythmes chantant qui propulsés le sang dans leurs veines, dans une dernière cadence parfaite. Mais je courrais déjà, oui, vers le salut. Salut du monstre en moi. Non de moi-même. J’étais le prédateur et je courrais à leur perte à tous les deux.

Deux secondes après je me retrouvais face à eux, leur sang m’aguichant plus encore. Et avant qu’ils ne se soient rendu compte de ma présence, j’étais agenouillé face à elle. J’eu à peine le temps de voir le soulagement dans ses yeux, soulagement de voir quelqu’un venu la secourir, que déjà ma bouche épousait sa peau, mes dents plantées dans sa chair, son sang coulant en moi. Ma main se porta automatiquement à sa bouche. Mes yeux se fermèrent, le temps d’apprécier cet afflux de liquide qui coulait en moi, m’emplissant d’une énergie nouvelle. Elle était délicieuse. Sans le ternissement de la drogue elle aurait été exquise. Des frissons parcoururent ma peau. J’étais électrisé. Mais trop vite tout cessa. Ses pensées. Son cœur. Je la relâchais, inerte à mes pieds. Ouvrant les yeux, je vis le corps de cette pauvre fille qui s’était perdue il y a bien longtemps. Les traits tirés, des cernes sous les yeux, elle n’avait pas été épargnée par la vie. Elle n’avait pas été épargnée par la mort. Et alors que je commençais à comprendre ce qui venait de se passer, mes yeux rencontrèrent ceux de cet homme. Cet homme pour qui j’étais venu ce soir et qui n’avait pas bougé d’une semelle, effaçant simplement cet air arrogant qu’il arborait d’ordinaire. J’avais été si rapide qu’il était resté là. N’avait pas appelé à l’aide. Une fureur profonde m’envahit, plus fort encore que la bête, qui la nourrissait, la rendant plus puissante encore. Un cri m’échappa vaguement et je fonçais sur lui. J’aurais tant voulu le faire souffrir. Comme il avait fait souffrir tant de gens. Mais la soif en moi était encore grande. Et la rage incontrôlable. Mes dents trouvèrent sa gorge. Elles s’y plantèrent avec plus de force. L’incendie dans ma gorge et surtout dans mon cœur … L’énergie s’écoulait en moi. La force y prenait corps. Et tandis que ce torrent de puissance ruisselait dans tout mon être, je ne pus apprécier le goût de cet homme. Rien de l’émerveillement habituel qui s’insinuait malgré moi dans mon cœur. Juste une profonde colère rassasiée en même temps que la soif. Un sacrifice exigeait autant par le monstre que par moi. Le feu de ma gorge s’éteignit un instant. Mais une fois encore, tout ceci prit fin trop vite. Je n’arrivais pas à détacher ma bouche de sa peau. Non, je voulais plus. Encore un petit peu avant d’affronter mes actes. C’était peine perdue. C’était la fin. Il était vide, mort dans mes bras, et avait rallumé une flamme éteinte depuis trop longtemps au fond de moi. Lorsque je ne pus plus garder cet individu dans mes bras, je le laissais tomber et reculais, rencontrant rapidement le mur d’un entrepôt. Mes yeux ne pouvaient se détacher de ces deux corps immobiles devant moi. Et le visage de la fille m’appelait comme l’avait fait son sang plus tôt. Le souvenir de ses yeux … Un pli barrant son front sous l’inquiétude. La peur de ne pas en réchapper. Et un bref soulagement à ma vue. Lueur d’espoir éclairant ses pupilles d’un bleu intense, bien que fané par les horreurs qu’elle avait du vivre. Profonde reconnaissance qui prenait corps en elle avant de sentir ma bouche dans son cou. Mes dents dans sa chair. L’incompréhension de ses pensées avant qu’elles ne s’éteignent. Plus odieux encore, le plaisir que j’en avais tiré.

Je me laissais glisser par terre. L’horreur grandissait en moi en même temps que la bête, elle, s’endormait, rassasiée, au loin. Le dégoût. La colère, cette fois dirigeait toute entière contre une personne. Moi. Et cette question qui prenait corps en moi, se propulsant contre les parois de mon esprit à toute vitesse, manquant de l’altérer complètement.

Qu’avais-je fait ?

Mon corps se mit à trembler tandis que j’étais incapable d’oublier les yeux pleins de gratitude de cette femme. Une innocente. J’avais tué une innocente. Qu’étais-je devenu ? Je m’étais perdu. Ce soir, j’avais causé ma perte aussi surement que la leur. Un assassin. J’étais un assassin. Incontrôlable. Jusqu’ici j’avais plus ou moins réussi à justifier mes actes. Mais là … Pas ça. Non. C’était la fin. Je me rendais compte à présent. Je n’avais pas voulu être un monstre. Pourtant je m’étais précipité la tête la première, le devenant un peu plus chaque jour. Je m’étais octroyé un pouvoir que je ne méritais nullement. Que j’étais incapable de maitriser. Comme j’aurais voulu mourir en cet instant …

Je mis ma tête contre mes jambes, me recroquevillant contre moi-même. Me serrant aussi fort que possible. Jusqu’à m’en faire mal. Malgré ça, la douleur de mon cœur restait plus vive que jamais. Rendu forte et puissante grâce au sang que j’avais volé. Les souvenirs refluèrent alors. Ceux là même que j’essayais de repousser au loin depuis trois ans. J’en étais maintenant incapable.

Ma transformation. Atroce. L’horreur lorsque je compris ce que j’étais devenu.
Mon créateur, Carlisle. Ces idées. Notre première chasse. Les longues attentes la journée, la brûlure de la soif me dévorant totalement.
L’envie de mourir. Souvent. Pourtant je n’avais jamais essayé. Non. Parce qu’il y avait cet être si bon qui m’accompagnait. Me guidait. Oui, Carlisle espérait tant de moi. Je ne pouvais pas le quitter.
Le piano. Les études de médecine.
Une famille. Nous étions devenus une famille. Qui s’était agrandit avec la venue d’Esmée. Elle avait conquit le cœur du médecin. Si gentille et si douce.
Et moi, toujours aussi abjecte. N’arrivant pas à passer au-delà de la soif. Remettant tout en doute, jusqu’au point de rupture. Je les avais quittés. Carlisle n’avait plus besoin de moi maintenant qu’il avait Esmée.
Ma fuite. Le retour à Chicago. Mes nuits à chasser. Des hommes maintenant. Les abysses dans lesquelles je m’étais peu à peu enfoncé. J’avais tout perdu. Tout ce que j’étais. Tout ce en quoi je croyais. Je n’étais plus rien. Juste un assassin. Une arme de mort implacable.

Ô Carlisle, si tu me voyais en cet instant, pensais-je à la fois désespéré, triste et écœuré. Humilié.

Pourquoi l’avais-je quitté ? Il était ce qui m’était arrivé de mieux depuis la mort de mes parents. Pourquoi ? J’aurais dû lui faire confiance. J’aurais tellement voulu retourner en arrière … Mais c’était impossible. Et maintenant j’étais seul. Et perdu.

Un bruit de pas approchant me fit sortir de ma réflexion. Les acolytes. Je devais me dépêcher. Ne pas laisser de traces. Jamais. Quoiqu’il arrive … Je m’approchais des corps étendus, et, des frissons parcourant ma peau, les saisis l’un après l’autre. Je me mis à courir aussi vite que je pouvais, attentif aux pensées des quelques personnes dans le coin. Je ne devais pas être vu. Arrivé aux quais, je plongeais, emportant ma charge à la suite. Sans réfléchir je me mis à nager loin et vite, oublieux du reste. Seul importait la règle : ne pas laisser de traces. Je nageais ainsi pendant plus de dix minutes. Chicago apparaissait derrière moi, mais petite et lointaine. Plongeant alors sous la surface, je lestais les deux corps, comme dix jours plus tôt. Je regardais une dernière fois le visage de cette fille dont je fermais les yeux, et me promis que ça avait été la dernière fois.

Ensuite je recommençais à nager, mais cette fois en m’éloignant de la ville. Je ne voulais pas y retourner. Non, plus maintenant. En plus, qui savait ce que je pourrais faire dans une ville peuplée de tant de gens.

Je nageais ainsi sur plusieurs kilomètres, sans savoir réellement où j’allais. Je longeais la côte, oublieux du reste du monde. Et tandis que mes membres m’entrainaient loin de mes crimes, mon esprit lui y était resté. Je ne savais pas comment réagir. Comment avais-je pu faire une telle chose ? Trois ans passés à tuer des humains. Trois ans d’assassinats qui se clôturaient par la mort d’une pauvre fille sans défense. La vie était cruelle. Le monde était cruel. J’avais été cruel. Il avait fallut sa mort pour m’ouvrir les yeux. Une mort de trop, me dis-je.

Après un temps qui me parut interminable, mes questions restant sans réponses, je vis les lumières d’une ville grandir à l’horizon. Ca devait être Gary. Plongeant sous la surface obscure de l’eau, je me rapprochais rapidement de la côte, tout en m’éloignant de la ville. Prenant garde à ce qu’il n’y ait personne alentour, je sortis de l’eau là où l’agglomération se terminait. Courant aussi vite que possible, je mettais le plus de distance entre Chicago et moi. Mes pas me menèrent dans des zones humides en périphérie du lac Michigan. Des dunes étaient présentes, sur lesquelles s’élevaient des chênes, des pins et autres arbres. Au sol de l’herbe, des fougères qui servaient de refuge à de petits animaux. Il n’y avait pas un bruit, hormis ceux de la nature elle-même. L’air était pesant pour moi. Je devais m’arrêter. Je m’assis contre un chêne cinquantenaire, en contre-haut d’une plage. Mais plein de mes problèmes, de mon dégoût de moi-même, j’étais incapable d’en apprécier la splendeur.

Toujours la même question, qui créait peu à peu une brèche dans mon cœur : qu’avais-je fait ?

Je n’arrivais pas à songer à autre chose. Mes pensées me menaient loin en arrière, et malgré moi, je me demandais combien de personnes j’avais exécuté. Mais plus j’y réfléchissais, plus je m’emplissais d’horreur. De dégoût. De détresse aussi. Je ne savais pas. Il y en avait trop. Et personne pour s’en souvenir.

Une autre question aussi grandissait en moi : qu’allais-je faire ?

Je ne savais pas où aller, ni quoi faire. Je ne voulais plus tuer d’humains, mais j’étais incapable de contrôler ma soif. Je m’étais enfui d’une ville, mon foyer, pour un lieu inconnu. Personne pour m’aider. J’étais seul et perdu, par le poids des crimes que j’avais commis.

Une chose était sûre : je ne voulais plus tuer personne. Non, ça non. Et, incapable d’être quelqu’un de bien, il faudrait donc que j’évite les métropoles. Où que j’aille il fallait que je reste aussi isolé que possible. Jusqu’à ce que je trouve une solution, si solution il y avait.

Voilà tout ce dont j’étais capable en cet instant. Enoncer ce que je ne voulais pas, sans savoir comment y parvenir. Mais ma volonté s’était renforcée, plus qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. Oui, car maintenant il faudrait que je vive avec les souvenirs de cette fille. Ses yeux … Souvenir qui me hanterait à jamais.

Je décidais de partir. Je devais bouger. Je devais oublier, même si je savais que ça n’arriverait pas. Aussi, embrassant une dernière fois le paysage du regard, je m’éloignais. Je courrais à travers les fougères, invisible au reste du monde tellement j’étais rapide. Le paysage défilait, flou, autour de moi. Je me sentais voler. J’étais vif, j’étais brutal, gonflé par l’énergie qui coulait dans mon corps. Et lorsque j’aperçue au loin les maisons d’une ville, j’abandonnais les dunes, j’abandonnais le lac, tournant vers l’est. Heureusement la zone n’était pas surpeuplée et je me retrouvais vite à courir entre champs et forêts. Lorsque j’apercevais des habitations, je bifurquais, les laissant disparaitre à ma vue. Non, je ne devais pas m’approcher.

Le soleil s’étant caché derrière les nuages, je passais ainsi plusieurs heures à courir. J’avais toujours aimé ça. Ce sentiment de liberté… Je ne sentais quasiment pas le sol sous mes pieds, j’avais l’impression de m’élever dans le ciel. Pourtant aujourd’hui, ça ne m’apportait aucun réconfort. Non. Mais la haine à mon encontre propulsait mes pieds encore plus loin, encore plus vite. Aussi continuais-je à courir. J’espérais au fond de mon cœur pouvoir tarir ma colère de la sorte, même si ça n’arriva pas. Elle était toujours là en moi, me griffant de l’intérieur, mettant à vif la blessure infectée.

A la fin de la journée, je me retrouvais au bord du lac Erié, sans trop savoir comment j’étais arrivé là. J’avais couru toute la journée, tournant dans un sens puis dans l’autre pour éviter le monde, sans m’arrêter. Jamais encore je n’avais voyagé de la sorte. De telle manière que lorsque je m’arrêtais enfin, la soif avait déjà grandi. Là encore je m’arrêtais en bordure de végétation, des chênes m’entourant de toute part, face à l’étendu d’eau. J’aimais les grands lacs américains. Ils étaient massifs, profonds et paisibles. Une sorte de sagesse s’en échappait, impénétrable.


*****************

Je passais ainsi plusieurs jours à errer, courant la nuit lorsque le soleil tapait, m’arrêtant le jour à l’ombre d’une forêt. Plus le temps passé, plus la brûlure de ma gorge grandissait, ravivant la douleur de mon cœur, de mes actes. Et plus le besoin de sang me dévorait. Mais je ne pouvais pas non, je ne pouvais pas craquer. Tenir. Je devais tenir. C’était la seule solution. Je ne savais pas pourquoi je m’obstinais à ne pas me nourrir. J’aurais pu chasser. Boire le sang d’animaux, comme je l’avais fait il y avait longtemps. Cependant, j’avais trahi cet homme qui m’avait offert cette chance, et je ne me sentais pas le droit de le faire. J’avais mérité tout ça. Cette souffrance. Comme un faible écho des atrocités que j’avais perpétré. L’image parfaite de celui que je ne voulais pas être. De celui qui ne méritait pas d’être. Et cet incendie en moi me le rappelait. Semblable à un serment passait dans la douleur, pour me rappeler celui que j’étais malgré moi.

Lorsque je vis apparaître Manchester au loin, je compris où mes pas m’avaient mené. Je pensais avancer sans destination. Je pensais vagabonder simplement, à la recherche d’une solution. Pourtant, au fond de moi je l’avais déjà trouvé. Ce n’était pas vraiment une solution, mais la seule chose à faire. Retourner à Portland. Retourner auprès de cet homme qui était tout pour moi. Mais comment pourrais-je faire une telle chose ? Comment pourrait-il apprécier de me voir à nouveau, quand je l’avais quitté pareillement trois ans plus tôt ? Quand je l’avais trahit. Bafoué tous ses enseignements. Et après avoir tué cette fille, une innocente. Comment pourrait-il m’accepter auprès de lui ? Ce serait insensé. Mes actes étaient impardonnables. Peut être pourrais-je lui demander de m’aider à en finir ? Non, j’étais probablement trop lâche pour ça. Et il avait promis à ma mère de me sauver, il ne pourrait pas. Et le suicide était un pêché mortel … Pourtant dans ce cas, ce serait comme un dernier service rendu à la société, et de toute façon je pouvais bien imaginer où serait ma place à ma mort… Je ne savais plus. La soif était trop grande. Ma détresse plus encore. Et la colère enveloppait mes sentiments d’un voile imperméable. Maintenant que je me savais si proche de Portland, je ne voyais plus d’autre alternative. Je devais y aller. Je devais essayer. Peut être me renverrait-il, et il aurait raison. Ou s’emporterait-il ? Peut être était-ce que j’espérais au fond de moi. Quelqu’un pour me dire quel monstre j’étais devenu. Je voulais payer pour mes fautes. Mais le prix était au-delà de ce que j’avais à offrir. Seul un tourment éternel parviendrait éventuellement à calmer la blessure, sans toutefois la guérir complètement. Oui, je devais le voir une dernière fois. Je voulais m’excuser pour chaque erreur que j’avais commise. Chaque déception que j’avais fait naitre en lui. Et après, après je pourrais le laisser en paix.

Ma décision raffermie, je bifurquais plus à l’est, en direction de Portland. Je me sentais malade, comme jamais ça ne m’était arrivé auparavant. Pris dans l’étau de mes sentiments contradictoires. J’aspirais à revoir cet homme profondément bon, ce pilier dans ma vie que j’avais délaissé depuis trop longtemps. Mais le poids des meurtres que j’avais accomplis pesait lourd sur mes épaules, ralentissant la cadence de mes pas. La honte encore, me tirait un peu plus en arrière, tandis que la colère elle, me propulsait en avant, engageant une lutte de pouvoir au plus profond de moi. Et cette fille. Toujours cette image… De grands yeux bleus qui ne cessaient pas de me jeter à terre à tout moment.

Il ne me fallut guère plus de quarante minutes pour arriver en vue de Portland. L’océan se dessinait au loin. Ténébreux en cette nuit où les étoiles se faisaient rares. Les lumières de la ville se reflétaient à la surface de l’eau, laissant son empreinte, fantomatique. Il devait être cinq heures du matin. Le soleil ne tarderait pas à se lever, bien qu’en ce jour, il resterait probablement caché à la vue des habitants de la ville. Je m’arrêtais un instant, à l’orée de la forêt. Je respirais un bon coup, propageant la brûlure de la soif en moi. Mon ventre était contracté. Je me sentais comme un meurtrier attendant le jugement dernier. J’étais un meurtrier, mais le jugement dernier ne me serait d’aucun secours. Mes membres tremblant, la respiration rapide, j’étais dans un état de nervosité apparent.

Maladroitement, j’époussetais l’excès de poussières de mes vêtements. Je ne m’étais ni lavé ni changé depuis plusieurs jours. Et pour une raison étrange, l’image que je donnerais à Carlisle m’importait particulièrement. Comme si, dans le monde insolite qu’était le notre, mon apparence pourrait influencer le jugement de mon créateur. Je me traitais d’idiot, et, d’allure presque humaine, me dirigeais vers les portes de la ville.

A cette heure ci, je croisais peu de monde. Malgré tout, je retenais ma respiration et avançais, concentré pour ne pas commettre d’erreur. Je retrouvais vite mes repères. Evitant le quartier nord-est de la ville, je me demandais s’ils étaient toujours là. Je n’avais pas réfléchi jusque là au fait qu’ils pouvaient avoir déménagé. D’ailleurs, une part de moi l’espérait grandement. Ne voulant plus reculer, je me dirigeais vers le Deering Oaks Park. Au milieu des chênes, je trouvais un banc au bord de l’eau. Je m’assis, jetais un coup d’œil alentour, et voyant qu’il n’y avait personne, m’autorisais une brève respiration. Il fallait que je calme la peur qui m’habitait, tout autant que la bête, sans savoir laquelle était la plus dangereuse aujourd’hui. Garder le contrôle. Je ne voulais pas de morts aujourd’hui. Sauf la mienne peut être …

Après quelques minutes passées à essayer de me calmer, je me reconstituais une expression autant que possible, et m’engageais sur State Street. Le grand hôpital de Portland se trouvait, je le savais, sur cette route en contrebas. Mes pas se firent plus lents, jusqu’à me retrouver immobile à quelques centaines de mètres du bâtiment. Je ne savais pas du tout s’il était là. Dans cette ville. Dans cet hôpital. Mais c’était la seule solution que j’avais. La respiration coupée, la peur au ventre, et la brûlure dans la gorge autant que dans mes souvenirs meurtris, je m’approchais à pas pesants.

Lorsque je vis la grande porte de l’hôpital se dresser face à moi, je m’arrêtais au coin de la rue. Le dos au mur, je fermais les yeux. Ne pas sentir. Ne pas voir, pour les préserver. Quand enfin j’eu assez de courage, je m’approchais plus encore et pénétrais dans l’ombre du grand bâtiment. Personne dans la rue. Il était encore tôt. La nuit recouvrait toujours la ville d’obscurité. Seules les pensées des patients et membres de l’hôpital rencontraient les miennes. Et parmi ce tumulte, une voix s’éleva plus forte que les autres. Plus claire. Je la connaissais, mais j’avais tellement pris l’habitude de l’entendre que je ne réagis d’abord pas. Et puis tout à coup, je compris. Il était là. Cet homme. Mon créateur.

Mon père, me dis-je, tout en sachant pertinemment que je n’avais pas le droit de le voir comme tel. De l’appeler comme tel. Depuis que j’étais devenu vampire, il avait tout fait pour moi. Il m’avait tout appris. Il était les fondations de mon monde, même si je l’avais délaissé il y a trois ans. Il avait joué ce rôle sans le vouloir, mais ma vision de lui en avait été influée à jamais.

Et il n’était pas parti. Je fermais les yeux, l’émotion m’emplissant pleinement. Mélange de joie et d’espoir. Désespoir et honte. Peine. Horreur. La colère était toujours là mais plus faible, devant la profondeur de mes sentiments. J’aurais pu m’effondrer en cet instant, mais je me concentrais plutôt sur les pensées de l’homme que je cherchais. Il était de garde pour les prochaines vingt quatre heures. Ce n’était pas grave, je l’attendrais ici. Je ne bougerais pas d’un poil. Profiter de ses pensées avant qu’elles ne se transforment à ma vue. Quand la honte que je lui infligerais, et la fureur pour ce que j’avais fait, frapperaient pleinement.

Restant prêt de la porte, je m’appuyais au mur, prêt à endurer la journée qui se levait. Dans une des pièces de l’hôpital, un médecin à la beauté peu commune faisait ses visites du matin.

« Bonjour Gladiss, comment allez vous ce matin ? Votre température a bien diminué, c’est une bonne nouvelle… »
« Monsieur Sprout, vous allez descendre en radiologie dans une petite heure pour voir si l’infection évolue correctement. »


Mais plus le temps passait, et plus il m’était difficile de rester impassible aux hommes qui circulaient autour de moi. Leurs cœurs ravissaient mes oreilles, et bien que ne respirant pas, j’imaginais trop bien leur parfum. La brûlure de ma gorge était une vraie torture. Pourtant, je n’avais aucune envie de tuer aujourd’hui. Et à chaque battement de cœur trop proche, trop tentant, l’image de la prostituée s’immisçait en moi pour me rappeler ma promesse. Aussi, quand ça devint difficile, je traversais la rue et achetais le journal de la journée, avant de regagner ma place, à l’orée des pensées du médecin.

04 Mai 1931.

Je restais interdit devant cette date. J’avais perdu la notion du temps depuis longtemps, je ne m’étais pas rendu compte … Dans onze jours, ça ferait trois ans que j’étais parti. L’urgence se fit plus grande encore en moi. Trois ans de meurtres. Trois ans sans éprouver la moindre émotion authentique. Le besoin de demander pardon s’accrut. Je n’espérais pas qu’il me l’accorde, mais je me devais de l’implorer.

Je passais ainsi la journée, torturé, partagé entre dégoût, peur d’un côté, et la joie de le revoir de l’autre. La soif dévorant ma gorge, autant que mes regrets dévoraient mon cœur. Il avait repris vit quelques jours plus tôt et chaque émotion était plus douloureuse que la précédente.

Lorsque la nuit tomba enfin, que le flux de citoyens se tarie dans la rue, mes muscles étaient plus tendus que jamais, mes mouvements brusques. Je ne savais pas quelle tête j’avais. Outre la soif et la dévastation qui habitait mon esprit, j’avais retenu ma respiration toute la journée, ce qui n’avait pas été des plus aisés. Certaines personnes s’étaient retournées devant moi plus tôt dans la journée, mais j’en avais l’habitude. Nous étions pleins de charme pour nos victimes, même avec la noirceur que devait renfermer mes pupilles en cet instant. Et plus les heures passées, plus la nervosité qui m’avait partiellement quitté à l’écoute des pensées du médecin, refaisait surface avec puissance. Manquant de perdre le contrôle de mes muscles, je m’assis par terre, contre le mur de l’hôpital, encerclant mes jambes de mes bras, la tête cachée à la vue de tous. Et comme chaque fois que je cessais de m’activer ces derniers jours, les souvenirs affluaient plus nombreux et plus terribles les uns que les autres.

La prostituée d’abord. De grands yeux bleus.
Et d’autres crimes. Cet homme qui aimait agresser des femmes dans la rue, qui gisait maintenant au fond du lac Michigan.
Cette femme tuant des enfants à la sortie des écoles. Elle avait mystérieusement brûlée avec sa maison.
La prostituée encore. Le pli barrant son front, sous l’inquiétude.
Cet autre homme, qui abusait des femmes. Lui aussi, au fond du lac.
Toujours la fille qui hantait mes pensées. Cet accès de soulagement à ma vue qui ne manquait pas de me rendre malade à chaque fois que j’y pensais.

La mort… C’était trop dur. Je ne pouvais plus supporter le poids de mes actes.

Je me relevais. Je devais penser à autre chose. Je tournais en rond, faisant les cents pas à proximité de l’entrée. C’est ainsi que passèrent les dernières heures de sa garde.

Une heure du matin sonna à l’Eglise. Deux heures. Trois heures.

La tension qui m’animait était palpable. J’avais l’impression que ma tête allait exploser. Une nouvelle fois je m’assis et quand je ne pus plus supporter l’immobilité je me relevais. Encore. Mes pensées tourbillonnaient en moi depuis plusieurs jours, identiques. Douloureusement identiques. Mais plus le temps passé, plus le tourbillon se faisait rapide, les parois de mon esprit s’effritant peu à peu.

Quatre heures du matin arriva. Cinq heures.

Je savais qu’il franchirait cette porte dans une heure. Mais maintenant que j’étais là, si proche de l’objectif que je m’étais fixé, la peur engourdissait mes sens. Devais-je rester ? Il m’avait peut être oublié ? Il m’avait probablement maudit ? Pourquoi refaire irruption dans sa vie maintenant ? Mes erreurs étaient entièrement miennes. Mes regrets. Mes champs de bataille emplis de morts. Il était trop tard. Le médecin ne pouvait plus rien faire. Seulement constater les dégâts. Dommages irréparables et impardonnables. Prononcer l’heure du décès. Je reculais.

Six heures sonna alors à l’horloge.

Ca avait été une erreur de venir. Je devais partir. Partir de cette ville pleine de gens qui pourraient mourir par ma faute. Partir de cette ville tant qu’il en était encore temps. Il ne fallait pas que je le vois.

Je traversais la route, gardant une allure normale, au cas où. Arrivé au coin de rue, je me retournais, la honte m’emplissant autant que le désespoir. Et alors que j’allais repartir, je le vis arriver à la porte. Il n’avait pas changé. Grand, blond, les yeux d’un doré incandescent, la bonté émanant de lui. A sa vue, j’eu l’impression de perdre toute substance. C’était comme si toutes ses dernières heures, j’avais tenu par la promesse de cette rencontre. Et maintenant que j’étais là face à cet homme qui ignorait tout de ma présence, toutes mes barrières s’effondraient, me laissant la blessure à nu et infectée. Une blessure bien plus profonde que je n’imaginais.

Je pleurais alors. Sans une larme et sans un sanglot. D’une douleur sourde. La mort de mes parents. Ma transformation. Mon départ. La perte d’une seconde famille. Mes choix. Les morts. Tout ceci me piétinait maintenant que je le voyais devant moi.

Et là, je ne pus plus retenir ma respiration. J’aspirais de grandes goulées d’air, espérant calmer la tempête intérieure qui m’animait. Sa fragrance transperça mes narines. Chèvrefeuille. Hêtre. Lavande de mer. Ô comme cette odeur m’avait manqué. Et comme elle rendait tout ça plus difficile encore. C’était stupide. Je quittais le coin de mur et m’avançait. J’étais derrière lui, mais courant presque, je me retrouvais vite à quelques pas seulement. Pourtant que pouvais-je faire ? Que pouvais-je dire après mes agissements ? Toutefois, avant que j’ai pu mettre de l’ordre dans mes pensées, il se retourna. Mes yeux accrochèrent les siens. Malgré tout ce que j’avais fait, malgré tout ce que je ressentais, et cette longue absence, en cet instant, ce court instant qui précède la tempête, je me sentis chez moi. Un retour au pays qui fit gonfler mon cœur. Mais la douleur qui l’habitait s’abattit alors dans son entier et incapable de me contenir, incapable d’afficher le moindre masque de sérénité sur ce visage aux traits trop parfaits, mes lèvres laissèrent s’échapper trois mots, d’un ton où la sincérité était de mise. Culpabilité. Désespoir. Peur. Honte. Tous ces sentiments qui s’étaient disputés en moi ces derniers jours. Ces dernières semaines. A mon père, je déclarais :

« Je suis désolé. »

Je voulais partir mais je ne pouvais pas. Je voulais avancer mais je ne pouvais pas. Incapable de décrypter ses pensées tellement j’étais perdu, mes sens s’étaient étirés, entourant mon père. Oui, il était un père pour moi. Je ne lui avouerais jamais une telle chose, mais ce serait toujours en moi. Et, à ce moment, alors que tout mon univers s’était effondré, j’attendais que son courroux s’abatte sur moi. Il devait en être ainsi.





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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mer 28 Juil - 2:37

Trois ans. Cela faisait déjà bientôt trois ans. Je comptais les jours... 1088 exactement. C'était automatique. Comme si j'avais un compteur dans mon cerveau allumé depuis son départ.
Au début c'était la douleur qui m'avait fait calculer les heures. Douleur qu'Esmée ne pouvait qu'atténuer par sa présence et sa tendresse omniprésente. Il fallait avouer qu'elle y arrivait très bien. Dans ses bras, j'oubliais tout et la plus difficile des épreuves me semblait tout à fait à ma portée.
Nous avions décidé de ne pas déménager, même si vivre dans la même maison, plein de ses souvenirs avait été ardu au début. Chaque chose me faisait penser à lui, en particulier son piano qu'il était interdit d'approcher. Il était recouvert d'un drap de soie, comme s'il attendait patiemment que son maître ne revienne.
Nous étions donc toujours dans cette maison de maître de taille moyenne, au nord est de la ville de Portland dans le Maine. Et chaque jour... Chaque seconde, j'espérais qu'il en repasse la porte.

Son départ avait laissé un si grand vide... Cela faisait dix ans que je vivais avec lui chaque jour. Sept ans que nous étions une véritable famille, comme j'aimais l'appeler. Edward était le frère d'Esmée dans notre histoire, même si je le considérais bien secrètement comme si c'était le mien. Le frère cadet que je n'avais jamais eu. Ou même... Le fils que je n'aurais jamais... Je l'avais guidé, protégé et égoïstement, je l'avais mené sur ma voie... La plus dure... Nous partagions tout, de la douleur à la joie en passant par les doutes... J'avais pensé, futilement que ce serait éternel... J'étais tombé de haut.

Suite à son départ et au choc qui aurait pu faire penser que je ne ressentais rien, vint la colère.
Je ne lui en voulais pas, bien au contraire. Je me détestais. Pendant plusieurs jours, seul Esmée pouvait m'approcher.
Je me blâmais mentalement à longueur de journée. J'étais le fautif de l'histoire avec mes idées utopiques. Je revivais toutes les erreurs que j'avais commise. Toutes les fois où nos opinions divergeaient. Peut être aurais-je dû être moins strict... Peut être que c'était une folie d'emmener d'aussi jeunes vampires dans mon délire. Je me souvenais le plus souvent de la dernière grande dispute que nous avions eu. Celle où j'avais eu si peur qu'il parte... Le jour où j'avais transformé Esmée. Il avait eu raison cette fois là. J'étais le monstre. J'étais l'égoïste qui amenait les autres en enfer pour combler sa propre solitude au lieu de les laisser reposer en paix et ensuite leur proposer une vie contre nature. Et pire, je ne parvenais pas à avoir plus de regret pour leurs âmes que de joie de les avoir près de moi.
Heureusement, encore une fois, pendant cette période, Esmée était là, me rassurant, me prouvant mille fois qu'elle m'aimait et qu'elle aimait cette vie... Malgré les sacrifices... Et je la crus... Comment aurait-il pu en être autrement à voir l'amour dans ses prunelles dorés ?

Puis vint la tristesse. Ecrasante. A un tel point que je devins presque catatonique. Je ne sortais plus, ne parlais quasiment plus. Si je n'avais pas eu ma femme, nul doute que j'aurais sombré dans les abysses d'une dépression profonde. Mais elle était là, toujours, veillant sur moi nuits et jours, jusqu'à ce que ses yeux deviennent si noir que l'iris se confondait avec la pupille. Jusqu'à ce que ma gorge se mette à me brûler si intensément que je me mettais à écouter attentivement le moindre battement de cœur.
Et un jour, quand un de mes collègues frappa à ma porte pour prendre de mes nouvelles et qu'Esmée ouvrit malgré sa soif, je me réveillais. J'avais entendu sa respiration se couper. J'avais entendu les battements cardiaque de l'homme s'accélérer. Et la soif avait envahit tout le vide de mon âme, chaque interstice avait été comblé. Et je l'avais voulu. J'avais voulu son sang... Si fort... Mais surtout, je m'interdisais que ma belle, mon adorable Esmée craque et tue à cause de moi. Encore...
Jamais je ne pourrais assez la remercier pour ce qu'elle avait fait. Ni pour m'avoir pardonné cette faiblesse qui fut la mienne...

Les jours suivants ne furent pas plus facile pour moi. Après avoir chassé et retrouvé une certaine dignité, je m'astreignis à reprendre une vie normale. Je me remis à faire ce dont j'étais le plus doué: me perdre dans le travail. Toutes les nuits je me laissais aller dans les bras d'Esmée, tous les jours, je m'acharnais à sauver des vies. C'était ce qui deviendrait une routine qui durerait pendant sept mois. Jusqu'à ce que l'espoir de son retour s'amenuise. Jusqu'à ce que je n'inspire plus l'air en espérant y déceler son odeur.

Par la suite, il fallait avouer que la vie n'était pas si dure. Etre seul, juste avec mon épouse comportait des avantages non négligeable. Cette épreuve et cette vie à deux nous rapprochait comme jamais. Nous nous connaissions à présent par cœur, et chacun ne vivait que pour l'autre. Nous passions des heures à nous promener, à chasser autour du lac Sebago. Nous nous y baignions souvent, parfois même au soleil lorsque nous pouvions profiter du vent pour nous prévenir bien à l'avance de l'arrivée d'un humain. J'appréciais souvent cette vie. J'étais heureux en définitive. Si ce n'était ce petit vide omniprésent. Cette partie de moi qui se demandait comme il allait... Où il était... Combien il avait tué d'humains... A cause de moi...
Le départ d'Edward m'avait aussi permit de découvrir une peur que je ne pensais pas connaître un jour. Que ferais-je si Esmée prenait le même chemin ? Si un jour, elle partait pour découvrir le goût du sang humain... Ou pour une autre raison d'ailleurs. A la lumière de la souffrance que le départ d'Edward avait engendré, nul doute que je serais dévasté par l'abandon de celle, la seule, qui était capable de faire battre mon cœur. Il m'arrivait parfois d'avoir des angoisses si puissantes, que je ne la lâchais pas de toute la nuit, gardant mon visage enfoui dans son cou, comme j'en avais l'habitude, la serrant jusqu'à l'asphyxier si elle avait été humaine. Je ne vivais que pour elle. Et si c'était déjà le cas auparavant, n'avoir plus qu'elle, me rendait d'autant plus possessif. Et pourtant j'avais tellement peur de l'étouffer... Je me réfrénais, luttais contre mes pulsions de la prendre sans cesse dans mes bras, mais pas de lui montrer cent fois par jour que je l'aimais. Je savais bien que c'était juste une peur irraisonnée. Je lui faisais confiance. Mais cette peur, la peur de l'abandon... Cette peur d'enfance... Me hantait sans repos.

Néanmoins, comme tout, cette période passa. J'avais l'impression d'être une âme déchirée qu'elle devait recoudre constamment. Le temps, l'amour et ma volonté aidant, je terminais mon deuil un mois avant l'anniversaire de son départ. Nous pûmes même partir deux semaines en Alaska à la fin du printemps. A notre retour, le changement d'air avait achevé de me remettre sur pied. Seul restait, le compte des jours...

**

1086 jours, 16 heures, 58 minutes et 23 secondes. Nous venions tout juste de rentrer de voyage. Pour nos dix ans de mariage, nous avions décidé de nous octroyer un mois de vacances sur l'île. La crise de 1929 nous avait empêché de partir plus tôt. Je n'avais pas vraiment perdu beaucoup d'argent, mais je ne pouvais pas me permettre de prendre des vacances alors que tant de gens souffraient de la faim ou de la maladie sans pouvoir payer des soins. Il m'arrivait souvent de devoir les refuser à l'hôpital, et je devais alors me contenter des soins vitaux... Mais, honteux du système, je passais le plus souvent chez eux par la suite pour les ausculter, et leur faire au moins économiser les frais de médecin.
Nous étions donc parti début Avril pour ne revenir qu'aujourd'hui. Et ce soir, j'entamais une garde de 36 heures.
Allongé sur le lit depuis deux heures, les bras entourant lâchement le corps de mon aimée, je repensais à ces quatre merveilleuses semaines.

La première semaine, nous n'avions pas bougé beaucoup. Trop heureux de nous retrouver enfin chez nous, nous avions profité de l'île et de toutes les richesses qu'elle nous offrait. La vie était si simple ici qu'elle en était déroutante. Baignade, promenade, caresses faisaient parti de notre quotidien. Mais très vite, nous eûmes envie de voir d'autres horizons et surtout d'aller chasser quelque chose de plus consistant que le cerf que nous nous étions partagé.

Nous passâmes donc la seconde et la troisième semaine à vadrouiller sur le continent. Nous traversâmes à la nage, pour arriver de nuit sur la terre ferme, et nous enfoncer aussitôt dans la forêt tropicale. Une traque de deux jours sur un couple de panthère nous avait amusé, puis nous nous étions juste promenés main dans la main, admirant chaque paysage que la nature luxuriante nous exposait. Les feuilles étaient teintés d'orange et de rouge et la terre sentait bon l'humidité en cet fin d'Automne. Le dépaysement était total.
Nous remontâmes jusqu'à Brasilia et y passâmes quelques jours dans un grand hôtel, ne sortant que la nuit et le rare jour de pluie qu'il y avait eu. Enfin, las de nous cacher, nous avions fait demi tour, parcourant le même chemin en deux fois moins de temps, grâce à notre vitesse de course.
Deux nuits dans les rues animées de Rio et il nous tardait à présent de retrouver la quiétude de notre île. Nous chassâmes une dernière fois, proche de la ville avant de retrouver l'eau tiède de l'océan.

La dernière semaine ressembla grandement à la première bien qu'écourté par le retour vers Portland. J'avais insisté pour que le départ se fasse le 30 Avril. Je ne voulais pas lui dire la raison, mais la convainquis tout de même en aiguisant sa curiosité. Nous arrivâmes en vu de New York ce magique jour du premier Mai 1931. J'avais entendu parler d'une inauguration et je m'étais dit que c'aurait été une merveilleuse chose à faire pour nos dix ans. Aussi, je ralentis près de la ville. J'avais eu peur que le temps soit trop ensoleillé pour que nous puissions nous risquer à aller voir les festivités mais, je fus rassuré. Un léger voile de nuage blanc couvrait toute la ville. C'était parfait.

Prenant la main d'Esmée, je l'avais conduite dans la magnifique ville de New York. Tout semblait gigantesque ici... Et contrastait tellement avec la verdure abondante du Brésil. Le gris dominait. Le béton nous entourait. Et pour moi, l'émerveillement de voir ce que les hommes pouvaient faire était complet.
Nous arrivâmes très vite à la cinquième avenue. Là, une foule attendait déjà, compacte et bruyante. Et devant nous. Un monstre. Un immeuble de près de 400 mètres... Une banderole indiquait qu'il y avait cent étages... Mes yeux les comptèrent un par un. C'était incroyable !
Et puis des voitures arrivèrent, portant la drapeaux de la nation. Quelques dizaines de minutes plus tard, et un discours émouvant de notre président - durant lequel il évita bien de parler de la crise économique et du fait que l'immeuble serait à moitié vide - quelques privilégiés purent monter jusqu'au 86é étage où un observatoire avait été mis en place.
Plusieurs mois avant, j'avais assez durement bataillé pour avoir ces places, mais nous y étions.
Et la vision en valait la peine. Jamais je n'étais monté aussi haut. La vue panoramique était impressionnante. La ville de New York semblait sortir de terre comme une arbre qui pousse lentement de ses racines. On pouvait voir des bâtiments en construction à des kilomètres à la ronde et sous nos pieds les humains ressemblaient à des fourmis sans cesse en mouvement. Les premières voitures... La frénésie de la grande ville... Tout cela était vu en un seul regard.
J'avais beau essayer de me rappeler, la durée pendant laquelle nous avions admiré le paysage, enlacés, ne me revenait pas en mémoire...

Cinq heures sonna à l'église non loin de la maison. Je gémis en cachant mon visage, mes bras se resserrant un peu plus autour de la taille de mon épouse. J'avais l'impression de me réveiller d'un long rêve. S'il était difficile de prendre des vacances parce que j'aimais trop mon travail, reprendre après avoir passé un mois au paradis n'étais pas plus simple. Mais il le fallait. Et je savais qu'une fois dans l'hôpital, je me sentirais à ma place. Moins cependant que l'endroit où je me trouvais actuellement. Ici j'étais entier. Là bas j'étais juste utile.
Après avoir inspiré longuement l'odeur d'Esmée, je me redressais pour l'embrasser, mes doigts glissant le long de ses côtes pour venir caresser son visage. Je dus faire un effort presque déchirant pour m'arracher à elle.

- Je dois y aller... Je t'aime...

Je l'embrassais de nouveau, mes yeux empreints d'une tristesse que je n'avais pas d'habitude en allant travailler. Amer, je caressais sa joue en l'admirant.

- Je vais essayer de passer dès que je peux. Prend soin de toi.

Je lui souris avec amour avant de me changer et de partir, non sans un dernier baiser sur le front.
Dehors, la chaleur de la journée avait fait place à la tiédeur du soir. L'été approchait à grand pas. Les terrasses reparaissaient dans les rues et celles-ci étaient de plus en plus animées tardivement. Je me mêlais à l'afflux de travailleurs fatigués qui rentraient chez eux, me forçant à marcher lentement. Notre maison ne se situait pas très loin de l'hôpital, une vingtaine de minutes à pied, mais en courant, j'y étais en trois minutes. Et j'appréciais cela. En effet, nous étions, le plus souvent, deux médecins de garde, et essayions de prévoir au moins trois heures complètes de sommeil par nuit où l'un prenait tout les patients pendant que l'autre se reposait. Ainsi, lorsque l'on se relayait pour dormir, je profitais de ces quelques heures pour rentrer chez moi, et les passer avec Esmée.

Les premières 24 heures de garde filèrent comme si les minutes avaient décidés de devenir des secondes. Entre les dossiers à reprendre, les urgences et les nouveaux patients hospitalisés, je n'avais pas le temps de m'ennuyer. Cependant, la première nuit fut calme, et je pus passer près de quatre heure près d'Esmée à partir d'une heure du matin.

Aux alentours de cinq heures, en ce 4 Mai 1931, j'allais relever mon collègue qui terminait sa garde une heure plus tard. Je fis le tour des patients comme à l'accoutumé, parlant avec chacun.
J'entrais dans la chambre d'une patiente qui était là depuis plusieurs jours.

- Bonjour Gladiss, comment allez vous ce matin ?

Elle insistait pour qu'on l'appelle par son prénom, car elle avait tout perdu dans la crise... Elle voulait juste oublier qui elle était... Et à force de vivre dans la rue, la pauvre avait attrapé la grippe. Elle était arrivé à moitié morte et brûlante de fièvre. Je regardais la courbe de ses résultats. Le traitement fonctionnait bien. C'était encourageant.

- Votre température a bien diminué, c’est une bonne nouvelle…

Je lui souris en mettant mon stéthoscope sur les oreilles pour faire semblant d'écouter son cœur et ses poumons. En réalité, je savais déjà que ça allait bien mieux, les voies respiratoires se dégageant largement. Une infirmière passa derrière moi pour lui donner son traitement alors que je passais à la chambre suivante.

- Monsieur Sprout, vous allez descendre en radiologie dans une petite heure pour voir si l’infection évolue correctement. Comment vous sentez vous ce matin ?

Monsieur Sprout était là depuis cinq jours. La pneumonie ravageait les poumons de ce vieil homme et je doutais que le traitement ne soit assez efficace pour le sauver. Des cernes de plus en plus marquées, tiraient sa peau et il toussait pratiquement sans discontinuer. Pourtant, j'avais encore espoir. Sa fièvre baissait un peu. Peut être que la maladie reculait enfin. Je voulais être présent pour pratiquer la radiographie, aussi, je pris mon temps pour terminer le tour des patients et éviter d'en prendre un qui m'occuperait trop longtemps. Je suturais une petite fille qui s'était coupé sérieusement en cassant une assiette et déjà, il était l'heure. Je souris à la petite et l'accompagnais à la porte avec sa mère, lui répétant les soins à faire et ce qu'il fallait surveiller pour repérer une infection. Je leur tins la porte pour leur permettre de sortir. Un courant d'air ébouriffa doucement mes cheveux, m'envoyant une savoureuse senteur de trèfle blanc. Je souris doucement, ce parfum étant irrémédiablement évocateur d'Edward. Mais je n'avais plus mal désormais. J'étais juste légèrement mélancolique.

Je retournais au travail, et prit la direction de la chambre de Monsieur Sprout.

- Alors monsieur Sp... Seigneur !

Son corps était tendu sous l'effort qu'il faisait pour inspirer. Sa fréquence respiratoire s'emballait, mais l'air ne semblait plus trouver le chemin qui menait à ses poumons. Les battements de son coeur chantaient à mes oreilles la mélodie de la mort. Un tambour de plus en plus rapide. Comme un dernier suspens avant le rideau final.

- Il me faut de l'aide !!!

Je me précipitais à son chevet et posais aussitôt un masque à oxygène sur son visage. Ce faisant, je laissais mon regard courir sur son corps pour chercher le diagnostic. Pour trouver la solution... Il était brûlant de fièvre, ses veines étaient dilatées et le bout de ses doigts, rougeâtre. Mon souffle se coupa, et ne repartit que quelques secondes plus tard lorsque les infirmières arrivèrent avec le chariot de réanimation.

- Il fait un choc septique ! Il me faut de la dopamine ! Et il me faut sa tension.
- PAS à 80..

Du coin de l'œil, je vis une infirmière injecter la dose dans le cathéter, alors que je me penchais au dessus du vieil homme..

- Monsieur Sprout, restez avec nous... Regardez moi... Là... C'est bien... Surélevez ses jambes....

Je changeais rapidement le soluté de sa perfusion, privilégiant un soluté à macromolécules pour améliorer le remplissage vasculaire. Suite à cela, je repris la ventilation, attendant que les mesures fassent effets. Ce ne fut pas long puisque quelques minutes plus tard, sa respiration se calmait et que sa pression sanguine remontait.

- Bon... Voilà qui est mieux. Monsieur, il va falloir arrêter de nous faire peur comme cela.

Je lui souris faiblement alors que j'installais un tube dans son nez pour l'aider à respirer.

- Je crois que la radio va attendre d'accord ? Mes yeux se levèrent sur Nicole. Repassez le aux soins intensifs... De nouveau, mes yeux descendirent sur lui, non sans avoir vérifié que sa tension restait stable. Je vais repasser dans une heure. Je vous laisse vous reposer...

Monsieur Sprout décéda à 23h18 ce soir là d'une crise cardiaque lors de son quatrième choc. Parfois, on avait beau tout essayer, quand la mort décidait qu'il était temps, on ne pouvait que s'incliner...
J'étais habitué à perdre des patients à présent, la meilleure école ayant été l'épidémie de grippe espagnole. Alors, comme toujours, après avoir décrété l'heure du décès, je retournais à mes autres patients. Certains médecins avaient besoin de prendre une pause, d'autres d'aller fumer un cigare pour se détendre, moi, je repartais derechef au travail. Le meilleur moyen d'oublier, étant de sauver une autre vie, d'après moi.
J'enchainais rapidement les soins sur une entorse, puis une blessure par balle avant de sauver un bébé qui avait avalé un bouchon de bouteille et s'étouffait avec. Tout cela aidant, je ne regardais l'heure que lorsque mon collègue, qui avait commencé dans la soirée, me conseilla de faire une pause. Je n'en avais pas particulièrement envie, mais je le laissait me convaincre.
Cependant, les urgences s'enchainaient donc je pris la décision de ne pas retourner à la maison. J'allais m'allonger dans la salle de repos, sortant mon livre de chevet en cours. Othello de Shakespeare. J'avais l'habitude de lire dans le noir pour faire croire que je me reposais. Il était presque trois heures du matin, et j'entendais tous les bruits de la nuit par la fenêtre entrouverte. Au loin, une chouette hulula, une autre lui répondant avec les accents de la nervosité. Des grillons chantaient joyeusement, détournant mon attention du livre. Je pivotais, mes yeux se perdant dans l'immensité de la voûte céleste. J'inspirais profondément, et cette flagrance de trèfle vint de nouveau titiller mes narines. Je me demandais si c'était la période de leur floraison, où juste mon imagination. Par contre, cette note de fraisier, je l'imaginais... C'était... Impossible...

On toqua soudain à la porte et je me redressais d'un bond.

- Docteur Cullen, il y a eu un accident de voiture. Sept blessés arrivent dans dix minutes.
- D'accord...

L'odeur sortit totalement de mon esprit alors que je remettais ma blouse. En moins de trois minutes, nous étions à l'accueil, prêt à recevoir les accidentés. Nous occuper d'eux nous prit le reste de la nuit. Je terminais mes soins sur le dernier, le conducteur à 5h45... Il était mort...
Le temps de me laver et de me changer, c'était la fin de ma garde. Je discutais quelques minutes avec mon remplaçant, lui confiant mes patients avant de partir. J'étais mentalement épuisé.

Le vent s'abattit sur moi dès que je sortis. Je soupirais en remontant mon col dans un pur réflexe humain, mais soudain, je m'arrêtais. Avais-je rêvé cette odeur là ? L'aconit... Je me retournais vers l'entrée, et inspirais profondément. L'odeur était belle et bien là. Aconit... Trèfle.. Fraisier... Non, c'était... Incroyable. Pourquoi reviendrait-il maintenant ? "Et pourquoi ne reviendrait-il pas ?" me disait une traitre seconde pensée.
Non... Non, je ne devais pas espérer. J'avais fait mon deuil. Il ne servirait à rien de rouvrir la suture.
Je fronçais les sourcils en m'éloignant à petits pas de l'entrée. Je devais vraiment être fatigué si je m'imaginais des personnes qui n'étaient pas là. Je plongeais mes mains dans les poches de mon long manteau et repris un pas plus allant. Toutefois, je n'en avais pas fait une dizaine, qu'une foulée se fit entendre derrière moi. Légère. Rapide.
Je m'arrêtais, le cerveau en ébullition. Il cherchait à se protéger en hurlant de toutes ses forces que ce n'était pas Edward. Que ça ne pouvait pas être lui. Que je ne devais pas espérer parce que si je me retournais et que ce n'était pas mon ami... Mon frère... Mon fils... Je savais que je n'en souffrirais que plus. Je respirais profondément. Oui... C'était son odeur. Je la reconnaitrais entre milles... Alors, je me retournais...

... Et il était là... Seigneur, il était là... En chair et en os.
Mon regard fondit dans le sien, cherchant aussitôt une explication, une raison pour sa présence ici. Venait-il juste parce qu'il passait dans les environs ? Je n'y vis que l'écho de ma propre peine. Car la blessure, à l'instant même où il était apparu, s'était rouverte dans un torrent de sang. La cavité dans mon coeur qui s'était peu à peu comblée comme elle pouvait, s'effondra sur elle-même, et comme un trou noir, engloutit tout sur son passage. Et pire encore... Le désespoir que je voyais dans ses yeux tordit mon ventre. Je crus soudain que mes jambes ne pouvaient plus me porter. Il était dans un état proche de celui dans lequel j'étais au début de ma vie de vampire. Il était brisé. Et ces paroles... Fracassèrent ce qu'il restait de moi.

« Je suis désolé. »

Je déglutis difficilement, ma mallette tombant lourdement au sol. Comment pouvait-il être désolé ? Croyait-il vraiment que je pouvais lui en vouloir ?
Il était là ! Il était vivant !
Dans un état second, j'avançais lentement, réduisant la distance qui nous séparait. Et sans un mot, dans des gestes lents, je l'attirais contre moi. Si mon cœur avait battu dans ma poitrine, nul doute qu'il aurait atteint des sommets de rythme. Les yeux me piquèrent, et soudain, la digue que j'avais mis en place si difficilement, s'effondra comme un jeu de carte. Je le serrais avec force, mes doigts s'accrochant à son manteau pour ne pas qu'il s'échappe... Qu'il ne me quitte à nouveau.. Et des sanglots silencieux secouèrent mon corps entier, comme s'il était pris de convulsion. Toute la peine que j'avais refoulée.. Tout ce vide omniprésent fut saturé par des larmes invisibles. Et le compteur dans ma tête s'arrêta. 1088 jours, 6 heures, 08 minutes et quelques secondes...

- Tu es de retour... Bienvenue...

Je ne savais pas combien de temps je maintins cette position, mais cela n'excéda pas quelques minutes. Soudain gêné, je me reculais légèrement, ne laissant que mes mains posé de chaque côté de ses épaules. Mes pleurs s'étaient calmés et à présent, je l'observais.
Il avait vraiment mauvaise allure... Et une mine affreuse. Ses vêtements étaient portés depuis plusieurs jours et présentaient l'usure d'avoir été malmenés en forêt, écorchés contre des troncs, trainés dans la poussière. Mais le pire restait son expression. Jamais je ne lui avais vu un visage si tourmenté. Même dans les pires jours de sa vie vampirique...
Jamais je n'avais vu une telle détresse... Mes yeux se vrillèrent aux siens de nouveau et soudain, mes mains se plaquèrent sur chacune de ses joues pour l'étudier plus attentivement. Mes sourcils se foncèrent et il ne transparaissait plus aucune tristesse de mon visage mais une profonde angoisse.

- Tu es assoiffé... Edward.... Depuis combien de temps n'as tu pas...

Je m'arrêtais, regardant avec fièvre autour de moi pour savoir si quelqu'un nous avait vu ou entendu. Heureusement le parking de l'hôpital était désert.

- Mon grand... Qu'est ce qu'il s'est passé ?

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mer 28 Juil - 13:53

J’avais l’impression de m’être perdu dans le brouillard. Brouillard onirique fait de folie et d’absurde. J’étais là, face à cet homme qui m’avait donné cette vie. Face à cet homme dont j’espérais la colère. Après un instant de silence pesant, sa mallette glissa au sol dans un bruit mat. Il s’avança doucement vers moi. Allait-il me frapper ? Peut être, et je ne bougerais pas. Pourtant lorsque ses bras s’élevèrent, ce ne furent pas pour s’acquitter de cette condamnation à laquelle j’aspirais tant, non. Ses bras se refermèrent autour de moi. Je voulu reculer. Il ne devait pas. Les seuls êtres que j’avais tenus dans mes bras depuis ces trois dernières années étaient ses hommes et ses femmes dont je m’étais rassasié. J’étais couvert de honte, de leur sang, et rempli d’horreur. Je frissonnais à son contact. Mais il ne me laissa pas le choix, m’enveloppant de ses bras, s’agrippant à moi. Je restais là, interdit, les bras ballants contre cet homme qui était ma vie. Et sous le masque de mes sentiments dévastés, un soulagement puissant s’éveillait, ravi de cette étreinte. Mes bras se refermèrent doucement dans son dos, sa peau dure et froide contrastant brutalement avec mes souvenirs. J’aspirais à pleins poumons sa fragrance si rassurante pour moi. Et plus cet instant durait, plus un gouffre se créait au fond de moi. Entre amour et damnation. Des sanglots secouèrent son corps contre moi. Je ne comprenais pas. Lui avais-je manqué ? Peut être, me dis-je un espoir grandissant dans mon cœur. C’était égoïste de ma part. Je ne devais pas avoir de telles aspirations. J’étais venu ici pour implorer son pardon, encourir sa colère, avant de m’éclipser dans un dernier « au revoir ». Mais tout ne se passait pas comme prévu. Et j’étais là dans ses bras, gêné, horrifié de ce que je découvrais. Incapable de pleurer plus, car j’étais déjà vide de tout sentiment légitime. Seuls me restaient le dégoût de moi-même et tous ces sentiments qui m’avaient servi de compagnon de route ces derniers temps.

- Tu es de retour... Bienvenue...

Je lâchais mon père, les bras le long de mon corps.

Non Carlisle, je ne reste pas. Je ne suis pas le bienvenu.

Je voulais lui dire ça, je voulais lui expliquer. Qu’il comprenne et qu’on en arrive enfin au moment que j’attendais et que je redoutais. Mais ma bouche resta close, mes lèvres scellées. Et dans une immobilité parfaite, je restais là à attendre. Attendre qu’il se reprenne et fasse enfin ce qui était juste. Attendre un moment qui ne vint pas.

Il sembla soudain gêné et, relâchant la pression sur ma poitrine, recula légèrement, ses mains sur mes épaules. Il m’observait, et moi je baissais la tête. Comme il devait être déçu. Ecœuré. Je voulais garder l’image de cet homme, les yeux dénués de colère à ma vue. Je chérirais ce souvenir quand je serais parti. Je ne voulais plus affronter son regard. Non, car, que verrait-il au fond de ses pupilles noircies par la soif? Meurtre. Plaisir à s’abreuver de sang. Innocent au fond de l’océan. Je n’arrivais pas à l’accepter. Et il ne pourrait en être autrement de lui. Et ses sentiments à mon encontre évolueraient, comme je l’avais voulu. Mais ses yeux cherchaient les miens, et j’étais torturé. Etait-ce le moment ? Il fallait que je me jette à l’eau. Qu’il comprenne et qu’on en finisse. Je ne méritais rien d’autre. Aussi je laissais nos regards s’accrochaient. La mort de tant de gens avait créé un grand vide en moi, autant qu’il avait ravivé mes sentiments. Grand vide glacial et mortel. Abjecte. Ma vision se durcit tandis que ses mains venaient emprisonner ma tête. Ses grands yeux dorés me rappelaient ce que j’avais perdu.

Regarde le monstre Carlisle ! Déchaîne ta colère ! Tue moi, criaient chaque particule de mon cœur.

Ses sourcils se dressèrent alors, tandis qu’au fond de moi le déchirement s’accentuait. Mélange d’attente et de peur. Désir et répulsion. Mais, seule l’angoisse grisa les traits de ce visage élégant. Et plus ses sentiments à mon égare étaient bons, plus la torture était grande. Comment se pouvait-il ?

- Tu es assoiffé... Edward.... Depuis combien de temps n'as tu pas...

Depuis combien de jours n’avais-je pas chassé ? Dix jours. Dix jours depuis ma rencontre avec Le rouge. Dix jours de colère, de honte et de dégoût. De désespoir surtout, qui m’avait conduit ici. Ce n’était pas assez. Non. La brûlure de ma gorge n’était pas assez forte. Je ne voulais pas planter mes crocs dans une quelconque chair. Non, pas maintenant. Pas tout de suite.
Un soupçon de colère électrisa mon corps à cette idée. La soif. La chasse. Je détournais la tête, je détournais les yeux. Pourquoi avais-je débarqué dans sa vie ? J’avais été stupide de venir chercher ici le blâme. Mon abattement était plus grand encore, alors que j’étais face à cet homme qui m’avait tout offert des années plus tôt.

Mais il n’en avait pas fini avec moi, non. Une question à laquelle je devrais apporter une réponse. Une question qui me jetait au plus profond des abysses, me secouant, me malmenant tandis qu’elle s’était approprié mon être depuis cette nuit aux entrepôts.

- Mon grand... Qu'est ce qu'il s'est passé ?

L’obligeant à me lâcher, je me dérobais. Qu’allais-je dire ? Qu’allais-je faire ? C’était à mon tour de prendre la parole. Avouer mes crimes. Le délivrer de tout sentiment aimable à mon égare. Mais en étais-je capable ? Tous ces mois d’errance. Années. J’aurais voulu profiter un dernier instant d’un père. Mon père.
Non. Je n’avais le droit à rien de tout ça.

Dos à lui, les épaules voutées, une bataille s’était engagée entre mon cœur et mon esprit. Je ne devais pas rester. Je ne le voulais pas, et en même temps … Comme j’aurais aimé retrouvé la quiétude d’un foyer. Un pilier dans mon existence … Mais je ne pouvais pas rester. Non, ce n’était pas possible. Pas après tout ça … Aussi, je me décidais enfin et dis :

« Je … Je ne vais pas rester », d’une voix rauque. Je soupirais. Je n’aurais vraiment pas du venir.

« Je suis juste venu … demander pardon. Pour tout ce que j’ai fait… »

Ma voix était faible, hésitante. Maintenant que j’y étais, je ne savais pas quoi dire. Comment lui faire comprendre à quel point je regrettais mes actes. Comme il aurait du s’énerver après moi.

« Je n’espère pas que tu accepteras, mais je voulais juste que tu saches à quel point je regrette d’être une telle déception pour toi. C’est … ».

Les mots moururent dans ma gorge. Je ne pouvais pas. J’étais incapable d’aller plus loin. Le discours que j’avais pu ressasser précédemment s’était évanoui, et ne me restait plus rien. Je n’arrivais pas à expliquer ce qui s’était passé. Comment avouer à son père qu’on avait tué encore encore et encore ? Jusqu’à se perdre totalement, noyé dans le sang humain. Comment lui dire adieu ? Tout ceci me transperçait. Mon cœur. Mon corps. Je fus obligé de m’appuyer contre la voiture la plus proche. Je repensais à mon départ. Ma colère d’alors. Mes doutes, confondus au milieu de grandes certitudes erronées. Comme il avait était difficile de partir, de lui expliquer. Pourtant alors, je n’avais pas le poids de tant de morts sur les épaules. La situation aujourd’hui avait bien changé. Et j’aurais tout donné pour retourner trois ans en arrière. Mais ce n’était pas possible. Et c’était pour ça que j’étais là, en compagnie d’un homme que j’étais incapable d’affronter. Là, à dire adieu le jour de nos retrouvailles. Tout ceci me laissait un goût amer en bouche. A moins que ce ne soit le venin qui inondait ma bouche. J’avais soif, même si je l’avais oublié en cet instant.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mer 28 Juil - 17:45

Il est là. Il est là... La chanson devenait lancinante dans ma tête. Mes mains sur son visage tremblaient presque alors que je le dévisageais, cherchant à comprendre ce qui l'avait fait revenir vers moi.
Je m'étais rendu compte qu'il n'avait pas rendu mon étreinte autant que je l'aurais souhaité, mais je ne l'en blâmais pas. Après tout, je ne l'avais pas habitué à de telles démonstrations d'affection. Mon corps avait agit seul, sans passer par les barrières de mes pensées. Rarement j'avais agit avec si peu de retenue. Mais je ne regrettais rien.
Et maintenant, je ne parvenais pas à retirer mon regard du sien. J'étais aussi immobile qu'une statue, ayant peur de bouger et que le rêve s'évanouisse.

Mais il se dégagea de moi, et mes mains retombèrent le long de mon corps... Sans force. Une nouvelle fois, il m'échappait... Une nouvelle fois, il mettait cette distance insupportable entre nous. Pourquoi ne me laissait-il pas simplement l'aider ? Avais-je déjà trahit sa confiance quand il avait besoin de moi ?
Il me tourna le dos, et je fermais les yeux en soupirant doucement pour contenir ma peine. Je ne comprenais pas pourquoi il était revenu si ce n'était pas pour me parler. Il était évident qu'il m'avait attendu devant l'hôpital. Mais pourquoi ?

- Je … Je ne vais pas rester

Heureusement qu'il me tournait le dos finalement parce que mon expression ne devait pas être belle à voir. Mon souffle se coupa dans ma poitrine alors qu'un rocher s'abattait dans mon ventre. Je sentis chaque parcelle de mon corps s'effondrer... Le sol aurait pu en faire autant que je ne m'en serais pas rendu compte. Seigneur, pourquoi m'infliger ce supplice de nouveau... Pourquoi...
Une sourde colère monta lentement en moi. Pourquoi revenait-il pour me dire qu'il repartait ! Etait-il devenu si cruel qu'il s'amusait à me donner des espoirs pour me les arracher ensuite ? Seigneur je tenais tellement à lui. N'avais-je pas toujours été correct avec lui ? J'avais toujours essayé d'éviter de le faire souffrir le plus possible en le soutenant et en le rassurant. Pourquoi me faire ça ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi...

- Je suis juste venu … demander pardon. Pour tout ce que j’ai fait…
- Demander pardon..

J'avais l'impression que ce n'était même pas ma voix que je venais d'entendre. Avais-je même seulement parlé ?
Je ne comprenais pas. Demander pardon ? Mais demander pardon pour quoi ? Oui il était parti... Parti pour satisfaire pleinement sa nature vampirique. Quoi de plus normal en soit que de satisfaire ses besoins ? Je ne lui en voulais en rien. J'avais déjà été tellement honoré qu'il essaie de suivre mon régime... De faire ce que personne n'avait fait auparavant. Il avait craqué... Mais c'était mon échec... celui de vouloir façonner les gens à mon image plutôt que de m'adapter à eux...

- Je n’espère pas que tu accepteras, mais je voulais juste que tu saches à quel point je regrette d’être une telle déception pour toi. C’est …

Cette phrase se répéta plusieurs fois dans mon esprit, tournant comme si je voulais la décortiquer pour en comprendre pleinement le sens. Mon cerveau ne semblait plus capable d'analyser quoique ce soit. Je ne voyais pas la raison de cette phrase. Lui avais-je déjà montré du mépris ou fais comprendre qu'il me décevait ? J'étais sur que non parce que je n'avais aucune attente de lui. J'avais juste des espoirs. L'espoir qu'il arriverait à passer outre sa condition de vampire. L'espoir qu'il arriverait à vivre avec ce que je lui avais fait. L'espoir qu'il soit heureux, un jour.
Mais jamais, au grand jamais, je n'eus des attentes qu'il ne comblât pas.

- Edward...

Les mots ne voulaient pas sortir. Une partie de moi voulait l'emmener chasser, de force s'il le fallait, persuadé que la soif lui faisait perdre la raison. Une autre voulait juste s'effondrer, éventuellement pour le supplier de rester. Ou même pas. Juste tout laisser tomber, comme il y avait trois ans, parce que c'était la solution la plus simple. Une autre encore voulait s'enfuir comme si c'était un mauvais rêve. Peut être que je me réveillerais dans les bras d'Esmée, celle-ci posant un regard inquiet sur moi lorsqu'elle verrait mon expression.
Pourtant, ce fut ma réaction habituelle qui prit le dessus. Comme une main invisible quelque chose me releva. La colère aidant, je me redressais, et mon regard se plaqua sur lui. Il s'était adossé à une voiture, son visage trahissant la même détresse que la mienne. Mais il n'était pas encore parti ! Il était là et à présent, je ferais tout pour qu'il reste. Je ne ferais pas l'erreur de le laisser partir une seconde fois !

- Et tu es venu juste pour me dire ça ?

En une seconde j'étais devant lui, plongeant de nouveau mes yeux dans les siens. Ma voix était redevenue normale avec un accent brisé que je ne pus retenir. Mes prunelles s'étaient rallumées, brillant d'une nouvelle flamme. Il n'y avait aucune trace de courroux dans mes yeux cependant. Juste du doute. J'hésitais à lui prendre le bras, pour l'emmener chasser.
Une ambulance arriva, dérapant doucement devant l'entrée de l'hôpital. Aussitôt les infirmiers sortirent une femme, couverte de sang, hurlant à chaque contraction.

- Ne poussez pas... Ne poussez pas ! Encore quelques secondes...

Je regardais furtivement la femme en train de mettre son enfant au monde avant de forcer mes yeux à revenir vers Edward. Le vent, traitre nous apporta l'odeur de sang frais et je frémis malgré moi. Il avait trop soif... Cédant à ma première pulsion, je lui pris le bras et l'entraînais loin de l'hôpital. Par habitude, je pris la direction de la forêt, toute proche, mais m'arrêtais à l'orée, me retournant vers lui.

- Je refuse de croire que tu n'es revenu que... Pour m'annoncer que tu repartais...

De nouveau, je posais mes mains sur ses épaules. C'était comme si j'avais constamment besoin de le toucher pour m'assurer qu'il était réel.

- Il faut que tu boives... La soif altère ton jugement... Bois ce que tu veux, mais fais le...

Que ferais-je s'il désirait se sustenter d'un humain ? Détournerais-je les yeux comme je l'avais fait tant de fois en Italie ? L'en empêcherais-je ? Je ne parvenais pas à répondre à ces questions parce que je savais au fond de moi qu'il n'aurait pas attendu aussi longtemps pour se nourrir si quelque chose ne s'était pas passé. Si l'envie de redevenir celui qu'il était n'avait pas frôlé son esprit.
Et pour cela, il fallait qu'il se nourrisse.. D'animaux.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mer 28 Juil - 23:55

Plusieurs fois il voulu parler, mais je n’écoutais pas. J’étais concentré, concentré sur ce que j’avais à dire. Et surtout à faire. Provoquer. Mais je ne savais plus quoi ajouter. Perdu dans le tourbillon de mes pensées et de mes peines. Je ne pouvais plus m’écarter. Je ne pouvais pas non plus m’approcher. J’étais figé, incapable de m’en sortir. Enlisé dans les sables mouvants de mon esprit.

« Edward... », commença-t-il.

Lui non plus n’arrivait pas à finir ses phrases. Etait-ce la colère qui l’empêchait de parler ? Avait-il peur de s’emporter, ici, dans un lieu public ? Je ne savais pas. Pourtant ce simple mot stoppa mes pensées. Edward. Il était étrange d’entendre prononcer mon nom, un tel ton dans la voix. Etait-ce pour ça que j’étais revenu ? Cette sensation que lui seul pouvait provoquer en moi. L’impression que quelqu’un était là pour moi, pour le meilleur ou pour le pire. Mais je n’entrais plus dans aucune catégorie. Je m’étais enfui, loin de lui. Loin de tout. Loin du pire, et plus encore du meilleur.

Je sentis son regard se planter en moi. Mais je ne pouvais pas le regarder. Non. Je ne voulais plus qu’il me voit. La peur dévorait mon ventre. Peur qu’il connaisse mes faiblesses. Ou pire, mes forces. Force bestiale, brutale, que le monstre contrôlait parfaitement. Alors, il me demanda, d’une voix où seul un léger accent trahissait une blessure :

- Et tu es venu juste pour me dire ça ?

Et avant que la lumière ne se soit faite sur la question, il était devant moi, m’obligeant à le regarder. La haine dans les prunelles, je devais lui renvoyer une bien piètre image. Tant mieux, ce serait plus facile. La bulle de colère grandissait en moi. Colère d’être ici, devant lui sans savoir réellement pourquoi. Colère de mes actes. De ce que j’étais devenu. Mais avant qu’elle n’éclate, elle fut annihilée par un profond désespoir. C’étaient mes actes qui m’avaient conduit ici. Pourtant, quelle était la finalité de ma présence ici ?

- Je … Je ne sais pas. Je ne sais plus … , dis-je, la tension dans la voix.

Et alors que je cherchais quoi dire de plus approprié, le bruit d’une ambulance se fit entendre. Je tournais ma tête vers l’origine du bruit. Le véhicule dérapa devant les portes de l’hôpital. Et lorsque les portes s’ouvrirent, laissant place à des infirmières autour d’une civière, il ne fallut que quelques instants avant que le sang vienne me murmurait des promesses aux oreilles. Avant que la senteur de cette femme en train d’accoucher vienne caressait mes narines dans une explosion de saveur. Elle m’évoquait des baies pas tout à fait mûres. Hum, particulièrement tentante, alors que son cœur s’affolait à chaque contraction. Ma bouche s’inonda de venin et mes muscles se contractèrent. Tout mon être s’était automatiquement tourné vers cette femme, cet enfant. Ce sang. J’amorçais un pas en avant, aspirant l’air à grande goulée, mais je me stoppais, en proie à un âpre combat intérieur. Elle m’appelait. Ô oui, elle m’appelait, m’invitant à venir planter mes dents dans sa chair. Mais … Une image me hantait. De grands yeux bleus d’une profondeur incroyable sondaient mon esprit douloureusement. Et avant que je n’ai pu mettre fin à cet affrontement, une main froide et puissante s’abattait sur mon bras. Un grognement naquît au fond de ma poitrine mais me souvenant que j’étais avec mon père, je le réprimais. Et cette brûlure violente dans ma gorge. Si grande. Je la laissais éclater. Je la laissais attaquer les cellules de mon corps. Mais, il ne se passerait rien. Rien d’autre que cette douleur dans laquelle je me complaisais.

Sans se poser de questions, Carlisle m’attira dans l’autre sens, loin de cette femme. J’avais envi de me débattre. J’avais envi qu’il me laisse. J’étais capable d’endurer ça, peut être. Je le méritais. Je m’en gorgeais. Mes pieds pourtant se posèrent devant moi l’un après l’autre, répondant aux souhaits de mon père plutôt qu’aux miens, et je m’éloignais. Il nous emmenait vers la forêt. J’avais souvent emprunté cette route jadis. Lorsque la soif commençait à devenir trop grande. Et aujourd’hui je l’empruntais à nouveau, la soif plus atroce que jamais. Les choses reprenaient leur place avec trop de facilité. Identiques, et pourtant si différentes. Odieusement différentes.

Il s’arrêta dès que les premiers arbres furent là. Chênes feuillus en cette saison, propageant leurs ombres autour de nous. Et posant son regard d’ambre sur moi, il dit :

- Je refuse de croire que tu n'es revenu que... Pour m'annoncer que tu repartais...
- Je …

Je soupirais. Il ne comprenait pas. Ce n’était pas ça. Et ses paroles tiraillaient mon esprit. Je ne savais plus quoi dire pour qu’il saisisse. Et cette incapacité à me justifier me faisait osciller entre colère et désespoir.

Ses mains se posèrent de nouveau sur mon épaule, dans un contact qui me fit frémir.

- Il faut que tu boives... La soif altère ton jugement... Bois ce que tu veux, mais fais le...

Ces paroles ravivèrent la douleur déjà cuisante dans mon cœur. Je ne voulais pas boire. Je ne voulais pas chasser. De plus, j’étais parfaitement sain d’esprit. Comment pouvait-il être aussi aveugle ?! Et cette allusion à mon régime… Non, je n’étais pas capable d’endurer ça.

Posant une de mes mains sur son bras, je voulais qu’il me lâche. Je baissais les yeux, et d’une voix rauque ou mon désespoir s’exprimait clairement, je le suppliais presque :

- Arrête … S’il te plait …

Je reculais d’un pas, pour me dégager.

- Je suis venu m’excuser… Je suis venu m’excuser, ajoutais-je, comme pour m’en persuader moi-même, hochant la tête.

Mes yeux remontèrent vers lui et aspirant une goulée d’un air lourd en saveur, je continuais, ma voix s’affermissant :

- Je suis venu pour m’excuser. C’est tout.

Mon visage se fermait peu à peu, et je reculais encore. C’était la seule alternative à mon anéantissement. La colère, qui bien sur était dirigée contre moi :

- Je n’ai pas besoin de boire, dis-je, implacable. J’ai tué deux personnes il y a quelques jours, ajoutais-je, sur un ton faussement détaché. Un criminel et une femme. Elle, elle était particulièrement tentante. Ô oui, son sang était merveilleux. Elle allait se faire tuer. Elle a cru que j’allais la secourir, un sourire rageur sur les lèvres.
- Elle était délicieuse, dis-je encore, impitoyable, un masque de haine pure sur le visage.
- Oh… Elle était juste au mauvais endroit au mauvais moment, achevais-je, désinvolte et pourtant criant presque.

Ses paroles me ravageaient de leur véracité. Ces souvenirs me hantaient depuis lors. Mais le dire à quelqu’un, à lui surtout, était insupportable. Je savais que j’allais m’effondrer. Je sentais déjà les tremblements dans mes mains et mes jambes. Je ne voulais plus le voir. Affronter son regard qui surement s’était transformé en un masque de dégoût et de honte.

- Je n’ai pas besoin de boire, répétais-je.

Je lui tournais le dos et commençais à m’enfoncer dans la forêt à pas pesant. Par-dessus mon épaule, je lui lançais, distant :

- Toi tu devrais aller chasser avant ta prochaine garde. Tu ne voudrais pas faire de fautes …

Je m’éloignais de quelques dizaines de mètres. Dans un accès de rage, ma main percuta un jeune pin qui tomba à terre à mes pieds, alors qu’un grognement agressif face à mon impuissance m’échappait. Puis, je me laissais glisser contre un arbre, la tête contre le tronc, les yeux fermés. Pas besoin d’aller plus loin. De toute façon, il ne me suivrait pas. Pas après ce que j’avais fait. Pas après ce que j’avais dit. Il voudrait probablement mettre le plus de distance possible entre lui et moi. Ou alors il voudrait me tuer ? Effacer son erreur. A ce moment là, je le laisserais faire. Que pouvais-je faire d’autre ? La rage m’abandonnait maintenant. Et, encore une fois, les souvenirs d’hommes et femmes m’apparaissaient. Je ne pouvais pas les abandonner. Je ne pouvais pas lutter. Mes mains contre mon corps, j’attendais, endossant la responsabilité de mes actes.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Jeu 29 Juil - 10:19

Je l'observais. J'avais l'impression que je pourrais le regarder pendant des heures juste pour m'assurer qu'il était bien là... Et essayer de comprendre son comportement et son retour. Je ne voyais en lui que de la tristesse et beaucoup de colère. Tant de colère..
Sa réaction fasse à la femme qui était arrivée était totalement prédictible. Son corps le dirigeait mais pas totalement. Il avait voulu son sang... Oh je connaissais bien la sensation. Son corps avait même fait le premier pas, et il aurait fait les suivants si je... Non, ce n'était pas moi qui l'avais arrêté. Il s'était stoppé de lui même. Il luttait. Il combattait contre lui même. Pourquoi ? Parce que j'étais là ? Ou parce qu'être un meurtrier ne faisait plus parti de ses priorités ? Il aurait été si facile pour lui de se jeter sur elle, et de tuer les trois en même temps... Ou simplement de ne même pas faire d'effort pour se retenir, et me laisser l'en empêcher...

Je semblais l'agacer et je ne comprenais pas pourquoi. C'était lui qui était venu ! Il croyait vraiment que j'allais le regarder sans rien faire ? Son soupir m'exaspéra... Seigneur.. J'avais envie de lui extraire les informations de la tête. Je ne lisais pas les pensées ! Et je voulais l'encourager à se confier à moi, comme autrefois... Sans savoir comment. J'avais tellement l'impression d'être face à un étranger qui aurait pris l'apparence de l'être qui était le plus cher pour moi après Esmée.
Il posa une main dure, sans affection sur mon bras et sa voix souffla, rauque, remplie de détresse.

- Arrête … S’il te plait …

J'avais repris un peu de contenance pendant la courte marche qui nous avait mené proche des arbres aussi je ne m'effondrais pas de nouveau. De justesse. J'étais bien déterminé à être de nouveau le pilier sur lequel il pourrait s'appuyer. Mon regard ne cilla pas, alors que de nouveau mes bras tombèrent le long de mon corps en même temps qu'il reculait.

- Je suis venu m’excuser… Je suis venu m’excuser..

Ses yeux se levèrent enfin vers moi. Je n'avais cessé de chercher son regard, et le voilà qu'enfin, lui même me trouvait. Dans ses prunelles aussi noires que l'ébène, je ne voyais que le vide... Je connaissais ce vide... Et j'essayais de capturer ses yeux... Qu'il me regarde. Qu'il me dise face à face ce pour quoi il était venu... Réellement !

- Je suis venu pour m’excuser. C’est tout.

Je soufflais avec des accents de déséspoir sans pouvoir me retenir, comme si les mots ne pouvaient être gardés.

- Tu n'y crois pas toi même...

Je le vis comme au ralenti se refermer sur lui même. Non, je ne devais pas le laisser faire cela. Mais comment l'en empêcher ? Cependant, alors que je crus qu'il allait s'emmurer dans un silence dont lui seul avait le secret, il continua, reculant encore, le regard mauvais. Je baissais les yeux, mon ventre se serrant à le voir me regarder ainsi.

- Je n’ai pas besoin de boire.

Menteur, un enfant verrait la mort dans ses yeux.. Pour qui me prenait-il ? Avec presque trois siècles d'expérience, j'étais bien capable de reconnaitre un vampire assoiffé....

- J’ai tué deux personnes il y a quelques jours.

Mon regard se releva, mon souffle se coupant dans ma gorge. Non... Il n'allait pas me raconter.. Mes yeux se fixèrent au sien, malgré la distance qu'il mettait entre nous. A la noirceur de ses yeux, et sa réaction face à la femme en couche, je devinais que son dernier repas devait être il y avait plus d'une semaine... Hum.. Quelques jours... Double menteur...

- Un criminel et une femme. Elle, elle était particulièrement tentante. Ô oui, son sang était merveilleux. Elle allait se faire tuer. Elle a cru que j’allais la secourir..

Il avait un sourire rageur sur les lèvres. C'en était trop. J'avançais d'un pas, ma main se levant comme pour arrêter quelqu'un armé.

- Arrête...

- Elle était délicieuse.

Comment pouvait-il me faire ça ? J'expirais à fond tentant de canaliser la nouvelle vague de colère qui envahissait. Je lui avais tout donné. J'aurais tout fait pour lui !
Non... Non... Au contraire, je lui avais tout pris... Cette voix, coupable, le murmura à mon oreille... Je l'avais enlevé au repos éternel.. Je l'avais fais renaître en tueur... Il avait raison de me haïr autant... Son expression... Oui... Il avait raison... Il me haïssait, et il venait me punir en me montrant ce qu'il avait fait, à cause de moi. Et je méritais.

- Oh… Elle était juste au mauvais endroit au mauvais moment

Je sursautais presque sous la montée rapide de sa voix. J'avais l'impression d'être un enfant qui se faisait gronder. Je ne m'étais pas trompé. C'était comme s'il m'accusait d'avoir tué cette femme par son intermédiaire. C'était peut être vrai après tout... Elle serait en vie si seulement je n'avais pas égoïstement créé son tueur. J'avais honte de moi et pourtant je ne parvenais pas à lui demander de m'excuser de lui avoir fait subir tout cela... Non... Parce que je lui avais montré une voie qui était plus difficile mais qui avait le mérite de ne pas faire de nous des meurtriers... Esmée m'avait souvent répété que je devais arrêter de mettre les erreurs des autres sur ma faute. Je devais cesser de croire que j'étais responsable de tout... Non... Il avait eu le choix... Il avait prit celui qu'il trouvait le meilleur pour lui...

- Je n’ai pas besoin de boire...

Il me tourna le dos alors que je soufflais pour moi même.

- Menteur...
- Toi tu devrais aller chasser avant ta prochaine garde. Tu ne voudrais pas faire de fautes …

Ce fut la phrase de trop. Si je n'étais pas de nature calme et réfléchie, je crois que je l'aurais claqué pour cet affront. Mais non, je le regardais s'éloigner, mes poings se refermant brièvement pour évacuer la colère qui menaçait de déborder. Je ne comprenais pas la raison d'un tel comportement. Pourquoi me défiait-il ? Qu'attendait-il de moi ? Il avait tué une innocente... Oui... Je l'avais prévenu. Que voulait-il à présent ? Que je le punisse ?
Soudain un bruit de déchirement retentit et mon corps se mut de lui même pour éviter le pin tombait sous son emportement. Me redressant, je le vis, au loin, s'effondrer contre un arbre.
Je ne sais combien de temps je restais là à le regarder souffrir, mes pensées fusant à toute vitesse dans mon crâne. Mais rapidement, la fureur fut remplacé par de la pitié. Une pitié écrasant tout autre sentiment dans mon cœur. Tout cela n'était qu'un masque. Je ne savais pas pour quelle raison, mais il cachait son désespoir par la colère... Et mal...

Je ne pouvais que le comprendre. Je me souvenais de cette toute première fois... De cette biche que j'avais tué en croyant que c'était un être humain. Je me souvenais parfaitement du dégoût profond qui m'avait pris avant que je n'ouvre les yeux pour découvrir que je tenais un cervidé entre mes bras. Je me souvenais du soulagement... Un tel soulagement que j'en avais pleuré silencieusement pendant des heures.

Lorsqu'il était parti, il avait tellement cru bien faire. Coupler sa véritable nature avec la punition et l'exécution de criminel. L'idée était bonne en soi, mais c'était sans compter la tentation omniprésente d'un innocent. Et pour ma part, je n'étais pas d'accord avec l'idée même de peine de mort. Je l'avais trop fait... Trop de gens avaient brûlé sous mes flammes.
Et pourtant, je l'avais laissé partir... J'étais persuadé de ne pas arriver à le convaincre... Alors malheureusement il devrait apprendre de ses erreurs... Et tuer...

Aujourd'hui, il était revenu. Et à me raconter sa dernière chasse, la scène se dessinait parfaitement dans ma tête. Une chasse où il voulait mettre fin aux agissements d'un criminel.. Une pauvre fille qui était passée par là.. Peut être avait-elle saignée... Peut être pas... Le monstre dominait... C'était si facile de perdre le contrôle.
Quoiqu'il en était, la mort de cette femme l'avait brisé...

Je ne m'approchais pas. Je ne m'éloignais pas non plus. Je restais là, à le regarder se lamenter sur lui même, souffrant la même peine. Et ma voix s'éleva, un peu plus haute qu'habituellement, mais trop basse pour qu'un humain entende à cette distance.

- Je gère très bien mes chasses.. Toi, par contre... J'en doute...

De lui même, mon corps s'approcha de quelques pas. Mon regard se fit un peu plus dur mais sans méchanceté. Plutôt comme un père qui voudrait entériner une leçon dans la tête de son fils.

- Que vas-tu faire à présent Edward ? Te lamenter sur ton sort sous cet arbre ? Pendant combien de temps ? Et après ? Tu repars ? Tu iras gémir ailleurs, te privant de boire jusqu'à ce que tu tues un autre humain sans le vouloir ?

Je me rapprochais toujours. Pas par pas. J'avais honte de faire ça, mais c'était un peu comme si je le baffais pour lui faire reprendre ses esprits.

- Elle est morte... Et tu as beau te haïr, tu as beau t'en vouloir, elle ne reviendra pas... C'est malheureux mais c'est ainsi...

Arrivé à quelques mètres de lui, je m'accroupis face à son visage avec lenteur. Je n'osais pas m'approcher plus de peur qu'il me repousse, mais je le regardais, restant attentif à ses réactions. J'étais triste... Si triste qu'il dusse expérimenter cela pour saisir toute les raisons du choix que j'avais fait.

- Edward... Si tu es venu chercher une punition, tu n'es pas venu voir la bonne personne... Je ne peux pas t'en vouloir d'avoir été ce que tout en toi t'encourage à être... Je ne peux que te rappeler qu'il existe une autre voie... Et qu'elle t'est toujours ouverte... Que nous t'attendions...

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Jeu 29 Juil - 17:31

Et tandis que je me roulais dans le désespoir, perdu aux milieux de visions fantomatiques d’hommes et de femmes morts, gisant pour beaucoup dans le lac Michigan, ses paroles vinrent me frapper en plein cœur. Il savait quoi dire, au contraire de moi. Il était fort. Il était juste.

- Je gère très bien mes chasses… Toi, par contre... J'en doute...

Mes yeux s’ouvrirent à ses mots, ma tête tourna vers lui. J’avais envi qu’il s’emporte. Les poings étaient beaucoup plus faciles à supporter que les vérités. Mais la seule colère qui s’affichait clairement était la mienne. J’avais honte de mon comportement. Honte de ce que je lui avais dit en plus de mes actes passés. Lâchant prise, je quittais ses yeux et courbais la tête. Il avait raison. Tellement raison. Je n’étais pas capable de gérer mes chasses, non. Je m’étais fixé des limites, déjà odieuses, et même elles, je les avais dépassé, les piétinants, pour me rendre compte de mes erreurs. J’étais un incapable en plus d’être un assassin.

Je l’entendis s’approcher un peu. Ne pouvait-il pas me laisser en paix. Ne pouvait-il pas faire preuve de sa compassion légendaire en me laissant seul. Pourtant je savais que c’était ma faute. Ma faute. Mon comportement. Et mon retour ici. C’était moi qui étais venu le chercher. Moi qui étais resté devant l’hôpital alors que je pouvais encore m’enfuir. Maintenant je devais subir ses paroles, qui me dévoraient de leur véracité.

- Que vas-tu faire à présent Edward ? Te lamenter sur ton sort sous cet arbre ? Pendant combien de temps ? Et après ? Tu repars ? Tu iras gémir ailleurs, te privant de boire jusqu'à ce que tu tues un autre humain sans le vouloir ?

Chaque question était un coup de bélier dans les murailles de mon esprit.
Qu’allais-je faire à présent ? Je ne savais pas. Que pouvais-je faire ? Je m’étais promis d’arrêter la chasse à l’homme mais en étais-je capable ?
Mes yeux remontèrent vers lui, et j’y lu une dureté nouvelle, que je n’avais pas l’habitude de voir en ce lieu. Et plus son regard s’affermissait, plus je me perdais.
Me lamenter ici. Oui peut être. Combien de temps ? Je ne savais pas non. L’après m’était caché. Aucune solution à l’horizon de mon être. Oui je voulais partir. Partir loin.
Gémir ailleurs … Etais-je si méprisable ? Oui, surement. Quel dégoût ce devait être pour lui de me voir ainsi. Quel dégoût c’était pour moi.

M’emportant, les mots jaillirent de ma bouche, explosifs :

- Je ne sais pas… Je n’sais pas, répétais-je, m’enflammant plus encore. Ne t’inquiète, j’irais geindre sous un arbre loin de chez toi. Pas d’inquiétudes !

Je me perdais dans une colère injuste. Pourquoi l’attaquait ? Et lui, ne comprenait pas. Il s’approchait plus encore, imprudent.

- Elle est morte... Et tu as beau te haïr, tu as beau t'en vouloir, elle ne reviendra pas... C'est malheureux mais c'est ainsi...

Qu’en savait-il ? Il n’avait pas tué cette fille au parfum de miel, qui l’implorait du regard. Ni tous ces gens. Je savais qu’elle ne reviendrait pas. Je le savais. Mais devais-je oublier pour autant ? Non, je ne pensais pas. Pas quand je me rappelais le goût de son sang. Pas quand le souvenir de son arôme parvenait à me donner envi. Non. Je devais payer. Même si ça voulait dire gémir sous un arbre. Tant qu’il se trouvait loin de toute civilisation … D’une voix fatiguée je lui dis :

- Je le sais.

Arrivait en face de moi, il s’accroupit. Il avait au moins gardé ses distances. Sous la révulsion ? Peut-être. Il m’observait, attentif, et moi, j’essayais de ne rien laisser paraître. Et moi, j’essayais de ne pas m’effondrer.

- Edward... Si tu es venu chercher une punition, tu n'es pas venu voir la bonne personne...

Un rire sarcastique m’échappa malgré moi. Ô oui, il avait raison. Je m’en rendais compte à présent. Je n’aurais pas du venir ici. Provoquer un vampire nomade aurait probablement été plus judicieux pour obtenir ce que je pensais chercher.

- Je ne peux pas t'en vouloir d'avoir été ce que tout en toi t'encourage à être... Je ne peux que te rappeler qu'il existe une autre voie... Et qu'elle t'est toujours ouverte... Que nous t'attendions...

- Non tu ne peux pas ? ironique, mes yeux fondant sur lui.

- Et bien moi je peux. Je ne vais pas oublier. Je ne veux pas passer à autre chose. Plus les mots m’échappaient, plus je parlais fort, à en crier.

- Non vous ne m’attendiez pas, continuais-je, buté. C’est faux. Vous n’avez pas besoin de moi.

Le visage de nouveau déformé par la rage, je m’avançais légèrement, me redressant. Sa tête à un mètre de la mienne, je ne pouvais m’empêcher de le fixer. Envolée, l’expression que j’avais conservée de lui lorsqu’il m’avait vu.

- Tu mens, lâchais-je, crachant presque. Ma présence ne t’apporte que des problèmes. Crois-tu que je ne vois pas ta colère et ta honte. Tu es juste trop … bienveillant pour me l’avouer. Mais je peux peut être t’aider. Veux-tu que je te dépeigne d’autres parties de chasse ? Que tu vois ma vraie nature. Abjecte.

Je restais silencieux le temps d’un instant et déglutissant, j’ajoutais, colérique et désespéré.

- Frappe-moi ! Vas-y, je le mérite. S’il te plait, tendant ma joue pour accompagner mes mots.

Mais avant qu’il ne réagisse je me jetais sur lui, mes poings venant percuter sa poitrine dans des revers presque inoffensifs. Et, criant, je m’acharnais contre les fondations de mon existence :

- Tu mens !

Pourquoi voudrait-il de moi ? Comment pouvait-il vivre avec un meurtrier ? Pourquoi ne voulait-il pas comprendre que certains actes étaient impardonnables. Comme maintenant, alors que mes poings heurtaient son corps. Alors que je mettais fin à la seule amitié de ma misérable existence. Alors que je me punissais moi-même en le repoussant, en le frappant.
Tout d’un coup je compris à quel point j’avais été égoïste de revenir. Pourquoi ramener des fantômes du passé ? Ca ne pouvait être bénéfique ni pour lui ni pour moi. J’avais déjà mon esprit pour être hanté de mes crimes. Nul besoin de lui faire subir tout ça. Et ainsi, le dégoût de moi-même s’accrut encore, dépassant les limites de ce que je pensais possible. Mes poings se stoppèrent contre son torse. J’avais perdu l’esprit. Je restais interdit, et courbant le cou, espérant qu’il ne me repousse pas après tout ce que je lui avais fait subir, j’allais poser mon front sur son thorax. Et, laissant sourdre la colère hors de mon corps, j’éclatais en sanglots incontrôlables.

- Qu’ais-je fais Carlisle ? Je … suis désolé. Pardonne-moi, le suppliais-je au milieu des spasmes qui agitaient mon corps.

Et je pleurais enfin. Je pleurais pour ces trois ans passés à tuer des hommes dans la ville où j’étais né. Je pleurais pour le sang qui m’avait aveuglé, pour cette femme que j’avais tué. Je pleurais pour moi qui m’étais perdu. Je pleurais ma solitude. Et je pleurais pour lui, à qui j’avais causé tants de problèmes. Je n’arrivais plus à stopper les hoquets. Mes yeux étaient en feu, dépourvus de larmes. Je voulais m’accrocher à lui. Je ne voulais plus ressentir tout ça. Reprendre ma vie d’avant, oui. Mais ce n’était pas possible. J’avais ôté ma carapace et maintenant à nu, j’avais perdu toute dignité, et avec, le droit d’être aimé.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Ven 30 Juil - 22:42

Mon regard devint d’une tristesse absolue à mes derniers mots. Si seulement il pouvait savoir à quel point son départ m’avait blessé. A quel point je tenais à lui. Je le sentais sur le bord de craquer. Son corps était tendu au possible et je voyais qu’il luttait pour garder le contrôle de lui-même. Son rire sarcastique fit couler un flot d’eau gelée dans mon dos.

- Non tu ne peux pas ?

Ses yeux vinrent se figer dans les miens. Durs. Froids. Comme la glace. Et tout comme elle, ils me figèrent de tristesse.

- Et bien moi je peux. Je ne vais pas oublier. Je ne veux pas passer à autre chose.

Il se mettait à crier, les émotions prenant le pas sur l’envie de les garder en lui. Faiblement, je murmurais… Je n’étais même pas sûr qu’il m’entende.

- Je n’ai pas dit qu’il fallait oublier…

Mais, il ne m’écoutait même pas. Il continua, sourd à toute autre parole que la sienne.

- Non vous ne m’attendiez pas. C’est faux. Vous n’avez pas besoin de moi.

Je me redressais en même temps que lui, toute colère évacuant instantanément mon corps. Comment pouvait-il penser cela ? Je l’avais attendu tellement de temps, me retournant dans la rue dès qu’une odeur me faisant un tant soit peu penser à lui arrivait jusqu’à mes narines. Ecoutant le moindre pas dans l’espoir d’entendre de nouveau sa démarche légère. Regardant le piano durant des heures priant pour le revoir jouer un jour… Seigneur, je l’avais tellement espéré…
Et il était là à présent, loin de l’image que je m’étais faite de nos retrouvailles.
Je n’avais pas imaginé ce visage plein de rage. Même si je savais qu’elle n’était pas entièrement dirigée sur moi…
Il s’approcha et je retins le vampire en moi qui ne demandait qu’à faire un bond en arrière. Lui, sentait la menace… Pourtant, je le retins par la confiance que j’avais en Edward. Je savais que malgré cette colère, il ne me toucherait pas.
Mon visage n’était qu’un masque de tristesse. Plus aucune colère, plus aucune envie de lui enseigner des principes. Non… J’étais juste dévasté qu’il me regarde de cette manière… Qu’il ait cette opinion de moi… Qu’il me crache au visage…

- Tu mens ! Ma présence ne t’apporte que des problèmes. Crois-tu que je ne vois pas ta colère et ta honte. Tu es juste trop … bienveillant pour me l’avouer. Mais je peux peut être t’aider. Veux-tu que je te dépeigne d’autres parties de chasse ? Que tu vois ma vraie nature. Abjecte.

Je ne parvenais même pas à répondre. Pourquoi ne voulait-il pas comprendre que je ne pouvais pas lui en vouloir. Que les actes d’un homme si mauvais soient-ils peuvent être rattrapés si on le veut vraiment. Qu’il ne servait à rien de laisser le passé le détruire… Que l’avenir était plus important…

- Frappe-moi ! Vas-y, je le mérite. S’il te plait.

Il me présenta sa joue, s’attendant apparemment à ce que je le frappe réellement. Mais je ne bougeais pas, comme tétanisé. Je soufflais quelques mots et dans le même temps, me rendis compte que je retenais ma respiration durant tout ce temps.

- Je ne peux pas…

Et au moment même où je prononçais ces mots, il fit pleuvoir une pluie de poings sur moi. J’expirais tout mon air d’un coup sous les chocs, sentant mon corps tomber en arrière. Je perdis l’équilibre et me retrouvais sur le dos, allongé dans la boue, résultat de la pluie matinale.
Je le regardais se déchaîner sur moi, ne me défendant même pas. Chaque coup sonnait comme lorsque l’on cogne deux pierres ensemble, le bruit résonnant légèrement dans la forêt.

- Tu mens !

Je fermais les yeux, le laissant sortir sa colère comme il le pouvait. Je l’avais mérité… Et ses poings ne me faisaient pas le moindre mal. Physiquement… Mais ils arrachaient un petit bout de mon âme à chaque fois qu’ils touchaient ma peau…
Pourtant, je laissais le temps passer, mon corps tremblant à chaque choc.. A chaque lambeau qui me quittait, ébranlant mon esprit de plus en plus.
Allait-il frapper plus fort ? Allait-il me tuer ? Le laisserais-je faire ? Non… Non… J’aurais pu autrefois… Pour enfin trouver le repos auquel j’aspirais tant. Mais plus maintenant… J’avais Esmée…Elle avait besoin de moi… Et que ferais-je dans l’au-delà alors que mon paradis était dans ses bras… Je ne pouvais pas la laisser seule… Si je ne devais avoir qu’une raison de vivre, elle le serait… Elle l’était.

Mais Edward… Pourquoi était-il revenu ? Pourquoi nous infliger cela ? Pourquoi voulait il revoir celui qui l’avait mené dans cet enfer…
Et alors que les coups pleuvaient, et alors qu’il me traitait de menteur, j’ouvris mon esprit, sûr qu’il entendrait mes pensées. Je lui montrais tout le désespoir, toute la désolation dans laquelle m’avait laissé son départ. La tristesse aussi immense que la perte d’un fils… Je me souvins de toutes les périodes, insistais sur celles où j’aurais pu sombrer à jamais… Je lui montrais le chagrin d’Esmée… L’espoir de son retour qui vivait en moi jusqu’à ce que le mot même ne veuille plus rien dire… Et surtout, je lui montrais le choc de le revoir… L’infini bonheur lorsque mes yeux l’avaient aperçu… Juste avant son premier mot. Et l’amour… Et dans le même temps ses poings percutaient toujours mon torse dans ces mêmes sons percutants. Et j’étais incapable de l’en empêcher… J’étais incapable de faire le moindre mouvement jusqu’à ce qu’il s’effondre sur moi, éclatant en sanglot silencieux… Presque les mêmes que j’avais eus plus tôt.

- Qu’ais-je fais Carlisle ? Je … suis désolé. Pardonne-moi...

Doucement, dans des gestes d’une lenteur infinie, mes bras se refermèrent autour de lui, se décidant enfin à bouger et je posais avec précaution mes mains dans son dos. Je m’obligeais à respirer lentement, de manière mesurée pour ne pas que le flot des larmes ne m’emporte aussi. D’un souffle sans voix, j’articulais, les mots restant bloqués dans ma gorge.

- Je suis tellement désolé… Que tu aies eu à subir tout ça… A cause de moi…

Je ne pus m’empêcher que mes doigts se crispent sur son manteau. Une boule presque aussi douloureuse que la soif s’insinua dans ma gorge. La culpabilité rongeait tout sur son passage, s’insinuant dans la moindre parcelle de mon être. Et pourtant je voulais croire que s’il arrivait à me pardonner, s’il arrivait à se pardonner ne serait-ce qu’un peu… Il pourrait vraiment revenir chez nous… Oh je savais tellement qui pouvait l’aider… Quelqu’un qui avait aussi tué des innocents…
Cette solution, si bancale fut-elle raviva de nouveau la flamme en moi. Ma voix se fit plus assurée. Le pilier reprenait sa place.

- Je ne t’en ai jamais voulu Edward… Lis en moi si je mens…

Je n’osais plus bouger de peur qu’il ne prenne chaque geste pour un rejet.

- Nous devrions rentrer à la maison… Esmée doit s’inquiéter et… Elle va être tellement heureuse…

Sans réfléchir, peut être par réflexe lorsque je rassurais Esmée – ou même parce que ce geste me réconfortait moi-même -, ma main monta dans ses cheveux pour les caresser doucement, dans un geste d’apaisement.
Je ne sais combien de temps nous restâmes ainsi mais au bout d’un certain temps, je me redressais, l’aidant à se remettre droit. Je me levais avant de lui tendre la main.

- Je crois que nous avons tous deux des choses à nous reprocher… Ne veux-tu pas que l’on en parle chez nous ?

Je lui souris doucement, mon regard se faisant le plus doux possible… Non, je ne pouvais pas lui en vouloir… Comment le pourrais-je quand juste la pensée de le revoir dans notre maison me comblait de joie ?

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Dim 6 Mar - 17:46

Pourquoi étais-je revenu ?

Si dur, si froid. Blessant. Perdu au milieu de mes tourments, je n’avais pensé qu’à moi. Je n’avais pas imaginé une seconde ce qu’il pourrait ressentir. Indifférent au monde. Ces trois années de massacres m’avaient finalement rendu plus mauvais que je pensais pouvoir l’être. De bête effarouchée, j’étais devenu un monstre odieux, dépourvu de sentiments. J’avais tué. J’avais tué et maintenant j’arrachais petit à petit des fragments de l’esprit de cet homme si spécial. Le seul qui pouvait me comprendre. Et malgré ça il était là, ses bras autour de moi. Réanimant mon cœur de leur froideur.

Et tandis qu’une multitude de questions sans réponse tournées dans mon esprit, je me souvenais de ses pensées. Ses pensées que j’avais perdu l’habitude d’entendre, que je n’avais pas écouté depuis des années. Ses pensées …
Son sentiment de vide à mon départ. Ses attentes. Ses espérances. Son chagrin. Sa détresse.

Qu’avais-je fait ? J’étais parti, j’avais quitté ce foyer. Mon foyer. J’avais quitté les êtres qui m’aimaient. Oui. Son amour était réel. Pourquoi en avais-je douté ?

Quel malaise en moi avait provoqué tout ça ? Suite d’agissements qui m’avaient mené de plus en plus loin de lui. De plus en plus loin de moi. Dans des abysses faites de noirceur, de violence et de haine. Habitué à l’obscurité, je n’avais pu mesurer l’étendue de ma perte. Ma dignité. Mon humanité. Une famille. Ma famille.

La chute avait été brutale. Comment refaire surface, quand tout autour de nous n’est que tourbillon d’horreurs et vide lancinant ?

Sa respiration se fit lente et profonde, à l’opposé des hoquets qui me prenaient encore. Et d’une voix serrée, pleine d’une émotion qui me percutait, si douloureusement et agréablement à la fois, douleur de l’avoir provoqué, plaisir de ses sentiments à mon encontre, il articula :

- Je suis tellement désolé… Que tu aies eu à subir tout ça… A cause de moi…

Et alors que ses doigts se refermaient plus fort encore sur mon manteau, je me recroquevillais davantage, la tête toujours baissée, posée contre son torse. Pourquoi se reprocher mes actes ? Ce n’était pas sa faute. Ma respiration s’était bloquée à ses paroles.

Je sentais par ses pensées le poids de sa culpabilité. Mais alors que j’avais tant redouté … ou espéré sa colère contre moi, sa honte de m’avoir créé, je me rendais compte de mon erreur. Il se sentait coupable de m’avoir transformé oui. Mais pas pour les actes que j’avais pu perpétrés, non, pour moi. L’immortalité. La soif. La douleur de perdre les miens. La solitude. Mon âme. Il ressentait mes erreurs comme siennes. Mon fardeau qui était déjà si insupportable à porter, semblait peser plus lourd encore sur ses épaules.

Pourquoi étais-je revenu ?

La douleur en lui répondait à la mienne. L’alimentait. Et malgré l’hécatombe en moi qui semblait grandir au fur et à mesure de mes décisions, de ses pensées, son mal-être me faisait peu à peu réapparaitre à la surface. Pas de mon ancien monde, difficile mais acceptable, habité d’êtres chers. Non, un monde ravagé, où l’eau rougit par le sang s’écoule au milieu d’amas de cadavres, habité par la soif. Un monde à l’unisson de mon cœur. Mort. Mort, mais présent. Existant.

Sa voix, soudain plus ferme s’éleva dans le silence grandissant :

- Je ne t’en ai jamais voulu Edward… Lis en moi si je mens…

Jamais ? Oui, peut être. Il disait vrai, je le voyais en lui. Il avait toujours été honnête avec moi. Pourquoi doutais-je tellement de lui ? Pourquoi doutais-je tellement de moi ?

La réponse à la dernière question était facile. Abandon. Meurtres. Haine. Tants de choses pour nourrir mes craintes.

Mais maintenant, alors que j’étais contre lui, je savais qu’il disait vrai. Il ne m’en voulait pas. Et lui devait comprendre que moi non plus, je ne lui en voulais de rien.

Je restais là sans bouger, essayant de reprendre contenance. Essayant de me convaincre de ses propos. Trouver une issue. Mais ma récente découverte ne changeait rien à ce que j’avais fait. Non, au contraire, mon dégoût de moi-même n’en était que plus grand.

Et pourtant …

- Nous devrions rentrer à la maison…

La maison … Ce n’étais plus ma maison depuis longtemps.

- Esmée doit s’inquiéter et… Elle va être tellement heureuse…

Comment pouvait-il en être si sur ? Et … N’avait-il pas peur de mes réactions ? Comment pouvait-il songer à m’emmener chez lui. Je ne pouvais pas. Pas comme ça, pas maintenant.

Néanmoins, cette idée s’imprégnait déjà en moi. La maison. Retrouver ce que j’avais perdu. Revoir Esmée, si douce, si aimante… Elle aussi m’avait manqué. Mais plus rien ne serait jamais comme avant. Je devais l’accepter. Il devait le comprendre. Non, il ne fallait pas que je revienne.

Pourtant, alors que j’essayais de me convaincre, aussi paniqué que tenté à l’idée de rentrer chez moi… Ah, déjà cette idée prenait corps en moi … sa main monta à ma tête dans un geste réconfortant. Et plus on restait comme ça, plus je me sentais comme un enfant apeuré dans les bras de son père. Mon corps frissonnait.

Fatigue. Nervosité. Désert.

Les sanglots se turent enfin, même si la douleur était toujours là. La colère m’avait abandonné, et toutes mes forces s’étaient enfuies avec. J’étais là, entre deux mondes, deux instants. Des évènements avaient eu lieu, rien n’y changerait jamais rien. Mais qu’allait-il se passer ? Je ne voulais plus bouger. Pendant un moment, rien qu’un moment où je n’avais plus à endurer tout ça. Rien qu’un moment avant de prendre une décision qui ne pouvait qu’être mauvaise …

Il ne m’en laissa pas la possibilité car alors il se redressa. Il m’aida à me redresser et nos corps se séparèrent. Et après s’être levé, il me tendit la main en disant :

- Je crois que nous avons tous deux des choses à nous reprocher… Ne veux-tu pas que l’on en parle chez nous ?

Je ne savais pas ce qu’il avait à se reprocher. Etait-ce mon tourment qu’il cherchait à apaiser ? Je regardais sa main un instant, n’osant croiser son regard.

- Chez nous, répétais-je, dans un murmure.

Chez nous me répétais-je intérieurement.

J’hésitais, puis sans un mot, d’un mouvement lent, je m’accrochais à sa main pour me relever. Je titubais un instant et le lâchais. Meurtri, agité et perdu, je ne savais quoi dire, je ne savais quoi faire. Je ne pouvais pas. Je ne devais pas … Et pourtant, au fond de mon cœur, une idée prenait racine, puérile :

Je ne peux pas voir Esmée dans cet état.

Mes mains tremblantes tentaient d’essuyer la poussière, la boue, les feuilles, tout ce qui maculait mes vêtements, inconscient au reste du monde. Je passais une main dans mes cheveux et m’arrêtais net. Il devait savoir. Je le regardais enfin, derrière mes yeux aux lueurs quelques peu fantomatiques et lui dis :

- Je suis désolé. J’essayais de mettre toute la véracité de mes sentiments dans ces propos, mais ça n’étais pas assez. Comment faire comprendre l’incompréhensible ? Comment justifier mes réactions ? Passées et futures …

Aussi, je répétais :

- Je suis désolé.

Baissant les yeux, je restais là, ne sachant quoi dire, luttant contre mes mains qui semblaient agitées d’une force propre. Et plus doucement encore, j’ajoutais, mon dos se voutant sous l’affliction que provoquaient mes paroles en moi :

- Je ne peux pas … Comment … Pas … comme ça …

Je me retournais, mes mains recommençant nerveusement leurs danses, tentant vainement de me rendre plus présentable. Non, il ne fallait pas. Et pourtant … Je n’attendais que ça.

Pourquoi étais-je revenu ?

Parce que c’était chez moi. Parce que je les aimais. Je l’aimais.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Sam 16 Avr - 22:25

- Chez nous...

Son hésitation me faisait peine à voir. J'avais tant imaginé nos retrouvailles que j'aurais pu en décrire chaque seconde. Pourtant ce que nous vivions actuellement en était le complet opposé. Ne comprenait-il pas qu'il serait le bienvenu quoi qu'il ait fait ? Que peu importait ses actions à nos yeux ? Que nous l'aimions si fort ?
Il semblait presque hésiter sur le fait que ma maison était la sienne et cela me fendait le cœur. Je murmurais doucement:

- Oui, chez toi...

Je le sentis douter, réfléchir et après un temps qui me parut interminable, sa main vint dans la mienne. Il semblait si faible, si détruit que je n'aurais pas imaginé une seule seconde qu'il venait de passer les dernières années à se nourrir de sang humain. Celui-ci avait tendance à rendre plus puissant le vampire qui en buvait, ou en tout cas ne contribuait pas à l'affaiblir. Cela étant, cela faisait au moins une semaine et demie qu'il se retenait de boire. Plus peut être même...

Je le tirais pour l'aider à se relever, et le retins pour ne pas qu'il tombe. Je me sentais si impuissant à le voir ainsi que j'en frissonnais presque. Je ne savais pas vraiment quoi faire pour qu'il se sente mieux et ce fut presque avec consternation que je le vis tenter désespérément de se rendre présentable, ses doigts courant sur ses vêtements presque sans qu'il en ait conscience.
Et puis, tel un mort qui se rend compte qu'on le regarde, ses yeux revinrent sur moi et il s'excusa. Encore. Et je ne savais même plus pourquoi...

- Je ne peux pas … Comment … Pas … comme ça …

Je ne cachais ma déception que difficilement même si je comprenais ses ressentis. Je regardais mes propres vêtements dégoulinants de boue et souris faiblement.

- Tu as raison. N'inquiétons pas notre chère Esmée... Si tu veux, on pourrait aller se rafraîchir à...
...l'hôpital...

Je m'arrêtais. J'avais conscience que j'allais dire une ineptie et qu'il l'avait lu dans mon esprit.
Mais après tout ça pourrait ne pas être si dangereux. L'entrée de secours était proche des vestiaires où se trouvaient linges propres et douches chaudes. Mais peut être était-ce trop tôt pour lui. Il venait tout juste de décider de ne plus tuer... Et il était assoiffé au delà du possible. Je ne pouvais lui faire supporter cela.
Il me tourna le dos de nouveau et je soupirais. Il allait falloir un long moment avant que l'on ne retrouve Edward tel que nous l'avions connu. Si nous le retrouvions jamais...

- Désolé... Je vais aller me changer et te ramener des affaires. Esmée ne t'en voudra pas pour quelques brindilles dans les cheveux... Si tant est qu'elle les voie sous les larmes de joie.

A imaginer la réaction de mon amour lorsqu'elle le verrait j'eus un doux sourire, transporté une nouvelle fois par une joie indescriptible. Elle n'en croirait pas ses yeux !
Et moi... J'avais l'impression que mes émotions jouaient au yoyo tant je ne cessais d'être tour à tour euphorique ou coupable ou triste devant sa détresse.
Je fis deux pas en direction du bâtiment quand un doute me prit, me faisant m'arrêter. Un doute affreux, une peur irraisonnée... Je fis demi tour et m'accrochais à lui, le prenant par les épaules et le regardant droit dans les yeux. Je serrais fort malgré moi alors qu'une boule de braise brûlante tombait dans ma gorge.

- Tu restes, n'est ce pas ?

Je me souvenais qu'il avait dit quelques minutes plutôt - j'avais l'impression que c'était une éternité - qu'il ne s'attarderait pas. Avait-il changé d'avis ? Etait-ce juste sa culpabilité qui l'avait fait parler ? Je cherchais dans son regard des réponses à mes questions, une assurance quelconque qui me permettrait de le laisser quelques minutes sans avoir peur de ne plus le voir à mon retour.

- Je ne veux pas revivre ça... Je déglutis difficilement. Mon fils...

Ma voix s'était plus cassée que je ne l'aurais voulu. Dans mes yeux et mon esprit, il pouvait voir la peur qui me submergeait, inondant tout sur son passage. Je ne savais pas ce que je ferais s'il disparaissait pendant cette courte absence. J'avais l'impression de ne pas l'avoir encore assez regardé, de ne m'être pas encore assez délecté de sa présence. J'avais tant de choses à lui dire, tant d'histoire à écouter de sa part. Je voulais savoir où il avait été en particulier - pas forcément ce qu'il avait fait - et à la limite, je me fichais presque de ce qu'il me racontait si tant était qu'il me fit entendre sa voix. La blessure, rouverte, me rappelait à quel point j'avais été dévasté de son départ et je savais que je ne le supporterais pas s'il m'abandonnait de nouveau. Du moins si vite...

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Dim 17 Avr - 12:36

Mes mains se stoppèrent alors. Quelle image étais-je en train de lui renvoyer ? Qu’avais-je fait ? Je n’aurais pas du venir ici. Je m’étais enfoui, abreuvé de sang humain, et maintenant je revenais à lui, faible, lamentable. Et si je partais maintenant, alors il garderait en lui l’image d’un garçon pitoyable, sordide, agité de tremblements comme un vieux blessé de guerre. Sauf que dans le cas présent, c’était moi, moi seul, qui avait déclaré la guerre. Aux humains. Et à moi-même. Je ne me souvenais plus pourquoi en cet instant. Je m’étais perdu.
Je le vis regarder ses vêtements. Il était couvert de boue. Là encore c’était ma faute. Toujours. Une erreur après l’autre. Tels des ricochets qui m’éloignaient de la sureté de la plage. Loin de ce que j’avais été. De ce que j’avais voulu être.

- Tu as raison. N'inquiétons pas notre chère Esmée... Si tu veux, on pourrait aller se rafraîchir à...
...l'hôpital...


Un rictus déforma mon visage un instant. Il ne l’avait pas dit. Mais ses pensées coulaient en moi. Non pas d’hôpital. La simple idée de pénétrer dans un bâtiment ampli de personnes malades alitées suffisait à renforcer le monstre en moi. L’excitait de la douleur qui ravageait ma gorge.

Lorsque je lui tournais le dos je l’entendis soupirer. La déception face à de telles retrouvailles était là en lui. Je ne savais pas ce qu’il avait pu imaginer. Qu’après tant de meurtres, de duperie, je reviendrais comme avant, l’air de rien ? Comment aurait-il pu en être ainsi quand le fluide vital pervertissait mon être, changeant celui que j’étais jusque dans les tréfonds de mon esprit. Mon sanctuaire, mon jardin secret avait été forcé, piétiné par la bête, laissant flotter dans l’air comme un écho d’un rugissement bestial. Plus de paix. Calme. Gravité. Quelque sagesse qui avait pu m’habiter avait fui au loin.

- Désolé... Je vais aller me changer et te ramener des affaires. Esmée ne t'en voudra pas pour quelques brindilles dans les cheveux... Si tant est qu'elle les voie sous les larmes de joie.

J’eu envi de rire. Non de joie. Mais … amertume. Ecœurement. Morosité. Tant de choses qui faisaient que l’idée de voir cette femme si douce, si belle, si gentille était absurde. Comment notre rencontre pourrait-elle être comme il le disait ?

Je n’aurais pas du revenir. Je ne faisais qu’anéantir les bons souvenirs qu’ils avaient de moi. Mon absence l’avait blessé, attristé au-delà de ce que j’aurais imaginé, mais nos retrouvailles … N’était-ce pas pire encore ?

Et pourtant, je vis du coin de l’œil un sourire naitre sur son visage. Discret mais qui exprimait une telle joie que j’aurais pu en pleurer. Je le vis s’éloigner, plus heureux, imaginant les retrouvailles .

Que devais-je faire ? Rester là ? Partir ? Il était temps de faire ce qu’il y avait à faire. Il était temps que je m’efface. Que se passerait-il ensuite si je restais ? Il penserait que le pire était derrière. Mais je serais là pour l’éternité. Le pire était devant. Que se passerait-il si je craquais à nouveau ? Si par ma faute il était découvert ? Que se passerait-il si nous ne retrouvions pas notre entente d’alors ? S’il se trompait, et qu’Esmée ne me retrouvait pas avec bonheur… Que de questions pour mon esprit fatigué. Fatigué mais qui pourtant se débattait. Quelle joie de pouvoir compter sur un être comme lui. Quel sentiment sécurisant. Un pilier dans mon monde où tout s’écroulait. Jamais je n’avais connu ça avant lui. Quelqu’un à qui me confier, fort, présent et qui tenait à moi. Ma mère m’avait aimé ô oui, plus que de raison. Nous étions si proches … Je frissonnais en pensant à elle. Que dirait-elle si elle me voyait aujourd’hui ?

Perdu dans mes pensées, je ne le vis pas s’arrêter, hésitant. Il fit demi-tour et s’approchant, me prenant par les épaules, il me fixa, faisant s’évaporer toutes mes interrogations.

- Tu restes, n'est ce pas ?

Comment un cœur mort pouvait-il être si douloureux ? Je lui souris tristement. Il me connaissait si bien… Que dire ? Que faire ? Je ne souhaitais pas lui mentir. Je ne …
Je ne savais plus ce que je voulais. Mais il ne fallait pas que je reste. Serais-je assez égoïste ?

- Je ne veux pas revivre ça...

Les mots semblaient si difficiles pour lui. Il déglutit laborieusement.

Mon fils …

- Je …

Fils …

Je restais interdit. Mes pensées m’avaient fui à ses mots. A sa douleur. Seules les siennes étaient présentes en moi. La blessure endolorie. L’amour qu’il me portait. Réellement. Comme un père. Pas par obligation. Mais par le lien qui s’était créé et renforcé lors de nos quelques années passées ensemble. Il m’aimait plus que mon aïeul ne m’avait jamais aimé. Et … J’avais tellement besoin de lui. Je n’étais rien sans lui. Pourtant je ne pouvais pas rester. Comment pouvais-je infliger ça à cet homme. Pourquoi avait-il fallut que je parte ? Et comment pouvais-je fuir lorsqu’il ne voulait que ma présence ? Partir me semblait aussi difficile que rester. Et si aucune des solutions n’était bonne, si un père que je venais de découvrir souhaitait ma présence auprès de lui, m’aider, partager … Si un tel homme exister, pourquoi me battre ? Pourquoi ne pas rester ? Pas longtemps, non. Juste quelques jours, le temps de trouver une solution. De profiter de lui. Calmer la blessure qui le tiraillait.
Je baissais les yeux, soupirais. Dans un souffle …

- Je reste…
- Pour l’instant…


Il devait comprendre. Comprendre que je ne le repoussais pas, lui, ou l’affection qu’il avait pour moi. Ô non, c’était ce qui m’était arrivé de mieux depuis longtemps. Mais, c’était la meilleure solution. La ville était dangereuse. Pour moi, et surtout pour les habitants. Pour lui, si par ma faute ils étaient découverts.

Posant ma main sur la sienne, je lui montrais la direction de l’hôpital d’un coup d’œil. Il pouvait y aller, je ne bougerais pas.

- Je t’attends. Vas-y, avant que tous les insectes de la forêt viennent élire domicile sur toi…

Un faible sourire. Pour lui faire comprendre que ça irait. Que je l’attendrais. Je me dirigeais vers un arbre un peu plus en retrait et me laissais glisser là, réfléchissant.

Durant toute ma vie humaine j’avais vu mon père comme un être responsable de moi, avec des devoirs plutôt que des sentiments. J’avais eu une enfance heureuse, l’amour d’une mère, oui nous étions très proches. Pourtant mon père … Il avait été un pilier dans ma vie, mais pas de la même manière que Carlisle. Non, un pilier de marbre –quel ironie- fort, mais insensible. Immuable. C’était pour ça que sa mort m’avait tant attristé. Quelque aient pu être nos différents, nos sentiments, il était l’homme de la maison, un guide, et sa mort avait détruit ma mère, si douce, si aimante …

Carlisle lui, était un soutient, un guide, mais aussi un ami, une famille. Aimant. C’est pour ça que je restais. Il me l’avait demandé, et c’était trop facile de répondre à ses envies. Il ne fallait pas que je m’arrête ici, pourtant c’était ce que nous désirions tous les deux en cet instant. Etais-je assez égoïste pour passer outre mes souvenirs de meurtres, d’horreurs que j’avais perpétré ? Oserais-je rester ici, en ville, et risquer de me perdre plus profondément encore, manquant d’entrainer à ma suite les seuls êtres que j’aimais ? Mais ma parole … J’avais dit que je restais. Je n’imaginais que trop bien ses pensées si à son retour, son sourire s’effaçait devant le vide de la forêt …

Je me relevais, tiraillé entre deux idées qui prenaient corps en moi. Faisant les cents pas, j’attendais. Qu’il revienne. Qu’il sache quoi faire pour arranger tout ça, même si au fond de moi je savais que c’était impossible. Je me retournais quand j'entendis ses pas.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mar 19 Avr - 14:54

- Je …

Son hésitation me tordit le ventre bien plus qu'il ne pouvait l'imaginer. J'étais certain qu'il était en train de penser à partir, même si je n'en comprenais pas la raison. Qu'espérait-il de ces retrouvailles lui ? Pourquoi était-il vraiment revenu si ce n'était pas pour rester un peu avec nous ? Si c'était pour des excuses, une simple lettre aurait suffit et nous aurait épargné à tous les deux la joie d'une rencontre aussitôt suivit par une nouvelle déchirure. Car je savais que celle-ci serait pire. Ce serait comme toucher un rêve du bout des doigts sans pouvoir réellement y accéder. Mentalement, je le suppliais à accepter, à rester, un peu... Un tout petit peu... Retrouver la sureté d'un foyer, la chaleur des êtres aimés. Même s'il pensait ne pas le mériter, il devait accepter.

- Je reste… Pour l’instant…

Je soupirais profondément, me rendant compte que j'avais gardé ma respiration coupée pendant tout le temps qu'il lui avait fallut pour se décider. Il devait comprendre. Comprendre que je ne le repousserais jamais. Ô non, il était ce qu'il m'était arrivé de mieux à une époque où je n'espérais plus rien. Le plaisir de sa présence à nos côtés valait égoïstement le prix que celle-ci pourrait coûter.

Je sortis soudainement de mes pensées en sentant ses doigts tièdes sur ma main. Il me montra l'hôpital mais je n'étais plus bien sûr de vouloir y aller. Cependant, je me devais de lui faire confiance. Il m'avait dit qu'il restait.

- Je t’attends. Vas-y, avant que tous les insectes de la forêt viennent élire domicile sur toi…

Je ne pus m'empêcher de sourire avec nostalgie, retrouvant l'humour subtil que j'aimais tant.

- Il te prendront d'abord pour logis. Tu es bien plus beau que moi !

Je lui rendis un sourire plus franc avant de le lâcher après avoir serré son épaule affectueusement. Il était tellement bon de le revoir !
D'un regard doux mais ferme, je lui fis comprendre qu'il avait intérêt à être là à mon retour car je serais capable de le traquer s'il le fallait. Après quelques pas, je me retournais et vis qu'il se laissait tomber le long d'un arbre.

Je me mis donc à courir au petit trot et fis le tour du bâtiment pour rentrer par la porte de service. Je sentais les flagrances des humains dans les environs et me cachais quelques secondes pour laisser passer deux infirmières. Je ne voulais pas que l'on me voit dans cet état pour éviter toutes les questions embarrassantes qui s'en suivraient.
Telle une ombre silencieuse, je pénétrais dans la salle de repos, heureusement déserte. Je me rendis à mon casier, me débarrassais de mes vêtements et me débarbouillais le visage avant de me rhabiller. Je sortis un sac pour y mettre les affaires sales et enfilais ma chemise en bénissant ma prévoyance d'en avoir toujours deux d'avance. Et soudain, je m'arrêtais.

Mes mains se resserrèrent contre le lavabo et je laissais mon front aller contre le miroir. Je fermais les yeux, des images ressassant ces dernières heures emplissant mon cerveau. J'avais l'impression d'avoir vécu des heures entières alors que je n'étais sorti de cet hôpital que depuis à peine une heure. Il me semblait avoir vieilli d'un coup, et je n'arrivais pas à choisir encore entre la joie et la tristesse. J'étais indiscutablement heureux qu'il soit revenu, mais j'avais si peur qu'il reparte à nouveau... Du coup, je ne savais pas quoi penser de ce retour. Je lui faisais confiance, si confiance que je lui confierais ma propre vie. Mais il semblait tellement douter que je prenais cela pour une hésitation quant au fait de rester avec nous, mais surtout dû au fait qu'il ne savait pas s'il pouvait se plaire de nouveau en notre compagnie. Je n'arrivais pas à me dire qu'il doutait de sa capacité à se retenir de chasser des humains et à reprendre une vie comme la nôtre. N'ayant jamais vécu une telle expérience, je ne saisissais pas la difficulté de passer de l'un à l'autre. Même si j'avais dû batailler pendant des siècles contre ma nature profonde, le combat avait été facilité par le fait que je n'avais jamais bu de sang humain. Quelle volonté fallait-il avoir pour s'en sevrer ? Etait-ce plus difficile ? Probablement... Je me souvenais que Lyra, une compagne que j'avais rencontré chez les Volturis, n'avait pas tenu longtemps lorsqu'elle avait voulu essayer mon régime alimentaire. Cela étant, elle avait rencontré un humain auquel, elle n'avait su résister. Ce n'était pas le cas d'Edward, du moins, je le croyais. Car il était là. Il était là et c'était tout ce qui comptait.

J'avais hâte de le ramener à la maison et qu'il découvre, en revoyant ses lieux familier, qu'il voulait rester. Qu'il devait rester. Que de toute manière vivre seul serait plus difficile que d'être épaulé. Que nous étions une famille et qu'en tant que telle nous devions nous soutenir. Après tout, un parent reniait-il son enfant pour ne pas être comme il voulait ? J'eus un petit rire sans joie... Oh, je savais bien que certains en étaient capables. J'en avais presque été la preuve vivante. Et justement... Je ne voulais pas être comme cela. Je ne voulais pas juger mon enfant pour quelques égarements qu'il aurait pu avoir.
Edward était bon au fond de lui, et c'était le plus important. Son entreprise partait d'un bon sentiment: aider les autres tout en contentant son fort intérieur. Il s'était perdu en route et cela pouvait arriver à n'importe qui. D'ailleurs, je ne connaissais personne qui aurait même fait l'effort de choisir ses proies en fonction de ce qu'elles pensaient. Même avec un pouvoir tel que celui d'Edward.
Il était charitable et c'était cela qui me donnait si confiance en lui. Je savais comment il se sentait en ce moment. Du moins, je pouvais le deviner. La honte, le dégoût, la haine envers soi-même étaient des sentiments que j'avais trop bien connu pour les oublier si facilement. Et seul le temps et l'amour pourraient le faire changer d'idée.

Il fallait d'ailleurs que je me secoue. Que je cesse de cogiter comme j'en avais l'habitude. Il avait besoin de moi, et je devais taire mes doutes et mes sentiments pour le laisser se reposer sur moi. Comme auparavant. Je pris une longue inspiration avant de prendre les vêtements propre et le sac. Avant de sortir, je n'oubliais pas de prendre une bouteille d'eau et un gant pour qu'il puisse se débarbouiller.
Je le rejoignis en marchant tranquillement, essayant de retrouver une paix de l'esprit somme toute relative. Trop de questions s'y bousculait pour que je sois totalement serein. Mais il fallait déjà franchir la première étape,: le ramener à la maison.
Je le vis arpenter tout le long de l'orée de la forêt en proie lui aussi aux affres de ses pensées. J'eus un faible sourire. Nous nous ressemblions tellement sur ce point...

Je lui tendis les vêtements dès que je fus assez près de lui. J'avais retrouvé assez de contenance pour avoir un regard sûr et doux et je murmurais doucement.

- Désolé, ça sent probablement l'hôpital, mais ils sont propres...

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Lun 14 Nov - 23:56

Dès qu’il fut à mes côtés, il me tendit de quoi me donner meilleurs allures. Son regard était tellement confiant, tellement lui, que s’en était bouleversant. Moi je le regardais bêtement. Il semblait stupide de s’attacher à ce genre de détail, mais ce changement de vêtements signifierait pour moi le retour à mon ancienne vie. Et même si cette dernière était morte et enterrée, ce geste était comme un retour à la maison, chez moi. Auprès des gens que j’aimais. Je me débattais avec cette idée depuis si longtemps que c’était difficile à accepter, difficile à croire. Je déglutis. Mes yeux plongèrent dans ses pupilles dorées une dernière fois, mais comment résister quand tant de bons sentiments m’invitaient à rester ?

- Attends, lui dis-je.

J’arrachais d’un geste ma chemise boueuse que je jetais plus loin. Je prenais la bouteille d’eau de ses mains avisées pour la vider sur mon visage, mes mains et mes avants bras. Attrapant le gant de toilette, je tentais de me débarbouiller du mieux possible. Je m’ébrouais vigoureusement avant de passer la chemise qu’il m’avait apportée. Elle sentait bon. Certes, elle portait l’odeur de l’hôpital, mais elle sentait également le propre, et avec ça beaucoup plus : lui, la famille, la maison, l’amour. Je fermais les boutons un à un, aussi lentement que possible. J’avais l’impression de signer un pacte de mes mouvements, et bien que mon cœur semblait vouloir danser dans ma poitrine, je n’étais toujours pas sûr de mes choix. Comment l’être après tout ça ? Je n’avais plus aucune confiance en moi. Pire que ça, je savais que l’on ne pouvait se fier à moi. Et bien que mon amour soit acquis depuis longtemps pour ce père, il se trompait. Je n’étais pas l’homme qu’il pensait. Je ne l’avais jamais été. La confiance qu’il m’accordait n’était pas juste. Lorsqu’il n’y eut plus de bouton à fermer, je fus forcé de m’arrêter. Je relevais les yeux vers lui, toujours aussi anxieux quant à l’image qu’il pouvait avoir de moi. Comment ne pas devenir fou lorsque des envies contraires se disputaient la part du lion en moi ?

- Voilà, dis-je bêtement, sans savoir quoi ajouter.

Me rendant compte de mon comportement, je ne pus empêcher un sourire d’apparaître au coin de mes lèvres.

- Avec un tel discours, elle risque de prendre peur, dis-je d’un ton narquois. Merci pour la chemise.

Je regardais autour de moi. Je ne savais pas quelle était la suite des évènements. S’attendait-il à ce que j’aille chez eux ? J’avais accepté de rester, mais la peur de retrouver Esmée, ma maison et tout ce qui faisait mon monde était presque aussi grande que ma peur de la soif. Je ne savais pas comment elle réagirait, malgré ce qu’il en pensait. Elle serait surement choquée. Et après : joie, tristesse, déception, dégoût peut-être même. Je l’aurais mérité, mais quelle serait ma réaction ? Quelle serait ma réaction face à mon ancienne vie ? Je me sentais pris au piège, au milieu de ce qu’avait été mon monde, hanté par mes actes présents, apeuré par ma vie future.

J’essayais de chercher des réponses au fond de ses yeux. Ses yeux d’un or liquide, agréablement chaud et bon. Les miens ne l’étaient plus depuis trop longtemps. De dorées, ils étaient passés à rouge, pour finir noir. Aussi sombre que mon âme. Le Néant. La soif, qui me brûlait plus fort encore que pendant ma première année. J’avais bu du sang humain, et maintenant j’en payais le prix. Ils en avaient tous payé le prix. Je détournais le regard, honteux.

- Je ne peux pas rentrer comme ça… C’est trop dangereux, dis-je dans un murmure.

Rentrer. Sans même m’en rendre compte, sans même me contrôler, je me considérais déjà comme rentré chez moi. Le pouvoir d’une personne … Il était tout pour moi. Quand je l’avais quitté, je m’étais perdu en route. J’avais causé beaucoup trop de tort. Je devais corriger ça.
Je le regardais d’un air de condamné, la peur au ventre :

- J’ai besoin de sang.

Mes poings étaient resserrés, crispés, à l’image de mon cœur. Je ne savais pas si je pouvais chasser avec lui à mes côtés. Et si je l’attaquais ? Que se passerait-il si je ne pouvais m’empêcher d’aller vers les humains ? Mais que se passerait-il si je ne chassais pas. Il fallait que je boive. J’avais besoin de lui, j’avais besoin qu’il ait une solution. J’avais besoin de ne pas être seul. Je le suppliais du regard. Il saurait quoi faire.

[HJ: désolé, c'est pas terrible mais c'est un peu ... dur pour moi de me remettre là dedans. Patience ... Puis c'est un passage délicat, faut qu'on en parle je pense pour aller plus loin]

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Ven 25 Nov - 0:15

De retour auprès de lui, je n'en revenais toujours pas. Premièrement il m'avait attendu, ce qui prouvait qu'il avait vraiment envie de rester. Deuxièmement, et bien, il était là tout simplement. Le matin même j'étais certain de ne plus jamais le revoir. Et à présent il était là comme un cadeau de la vie. J'étais si heureux malgré ses hésitations.

- Attends.

Avait-il compté les jours autant que je l'avais fait ? Avait-il pensé à nous de temps en temps ? Je l'attendais depuis des années, et je souris à ce simple mot dit comme si de rien n'était.
Je me forçais à regarder autre part, sachant combien il était peu poli de regarder quelqu'un se changer. Cependant, je restais conscient de chacun de ses gestes. L'odeur de l'eau et de boue sur ses mains, la chemise en coton qui termina sa course par terre, et puis le temps qu'il prit pour s'habiller. Je ne savais pas pourquoi il mettait autant de temps. Hésitait-il encore ou appréciait-t-il enfin le retour à la maison ?
Pour ma part, à mesure que mon esprit intégrait le fait que mon fils était de retour, je devais m'obliger à ne pas sourire. Je gardais en tête qu'il pouvait toujours décider de repartir. Avant même d'avoir revu Esmée. Et cela je ne le voulais pour rien au monde. Elle devait le revoir. Elle l'attendait avec autant d'impatience que moi !

Lorsqu'il releva les yeux sur moi, je lui souris avec douceur. J'étais vraiment vraiment heureux de son retour. Et il semblait si beau, si reconnaissable habillé ainsi que je me surpris à me demander s'il n'était jamais vraiment parti. Si ce n'était la lueur de désespoir et de doute qui hantait ses yeux, j'aurais pu le croire.

- Voilà.
- Elle te va bien. Tu es prêt pour retrouver Esmée ?
- Avec un tel discours, elle risque de prendre peur. Merci pour la chemise.

Nous nous sourîmes et j'hochais la tête pour lui signifier que la chemise n'était rien. Je n'imaginais absolument pas Esmée avoir peur ne serait-ce qu'une seconde d'Edward. Jamais. Elle serait tellement heureuse de le revoir. Et non seulement. Elle serait aussi heureuse de la réunion de sa famille, de ne plus me sentir triste et elle-même probablement de ne plus s'inquiéter pour lui.
Nos yeux se croisèrent et je plongeais dans l'abime des siens. J'y décelais toute la soif qui le consumait depuis des semaines et je me fis la même réflexion que plus tôt. Depuis quand n'avait-il pas bu ? Et il restait là, tranquillement près d'un hôpital. Ne sentait-il pas l'hémoglobine dans l'air ?
Quelle force de caractère il avait pour avoir si soif et ne pas se satisfaire aussitôt. Cela étant, je ne connaissais que trop bien la raison qui l'empêchait de se sustenter et je n'avais même pas besoin de lire dans ses pensées pour le savoir. Le dégoût de soi-même était une pensée extrêmement puissante qui ravageait tout sur son passage.
Mais je ne le laisserais pas aller aussi loin que je ne l'avais fait.

- Je ne peux pas rentrer comme ça… C’est trop dangereux...

Que répondre. Je me figeais de peur qu'il me dise une nouvelle fois qu'il allait repartir. Ne se sentait-il pas assez fort ? Ne me faisait-il pas assez confiance sur le fait que j'allais l'aider ? Cependant, mes craintes furent rapidement apaisée alors qu'il murmurait:

- J’ai besoin de sang.

J'eus un léger soupir de soulagement. Quiconque aurait pu deviner son besoin de sang et d'ailleurs il ne m'était pas venu à l'idée de l'emmener en ville sans être passé par la case chasse. Et, étonnement, je ne doutais pas non plus de ce qu'il allait chasser. Je parlais d'une voix douce et assuré de celui qui est maître dans son art.

- Bien sur... Oui. Puis-je t'accompagner ?

Ce n'était pas forcément parce que j'avais peur qu'il reparte... Bien que... C'était surtout parce que je ne voulais pas me séparer de lui. Je venais tout juste de le retrouver et je voulais savourer sa présence avant de reprendre la routine quotidienne. Nous avions tant de choses à nous dire.
De plus, je ne voyais aucun danger pour moi. Ma confiance était certes, peut être mal placée, mais j'étais certain d'une chose. Je lui confierais ma vie. Oui, il avait fait des mauvais choix. Oui, il s'était détourné de nous parce qu'il pensait que je réprimais son appétit. Oui, il avait fait cela. Mais ce que je retenais c'était qu'il était revenu. Car si cela avait dû être difficile pour lui de partir, revenir avait dû être plus complexe encore. Il avait dû prendre sur lui pour oser reparaître devant moi et affronter mon regard. Il avait dû arrêter de boire ce sang si addictif pour nous. Ce sang qui était celui pour lequel nous naissions. Il savait que s'en défaire était la seule condition pour vivre sous mon toit durablement. Pour faire partie de nouveau de la famille. Et il l'avait fait. Il était revenu. La volonté était la principale voie du succès, j'étais donc certain qu'il y arriverait. Parce qu'il ne serait pas devant moi s'il n'avait pas accepté cela.

Parce que c'était mon fils...

- Je pense qu'il y a peu de risque à ce que tu chasses tout de suite. A cette heure, peu de gens sont réveillés et nous pouvons aller dans les montagnes si cela te rassure. Et... Ne t'inquiète pas, je garderais mes distances.

Je commençais à avoir une certaine expérience en matière de nouveau né, et garder ses distances pendant la chasse faisait partie des règles. Les nouveaux nés étaient souvent agressifs quand on s'approchait trop d'eux alors qu'ils se nourrissaient. Nous l'étions tous. L'instinct que l'on devait lâcher pour attraper la proie nous faisait avoir des réactions étranges parfois. Mais à l'âge d'Edward et au lien qui nous unissait, je ne doutais pas une seconde de ses capacités à inhiber cet instinct à mon encontre.
Pour ce qui était des humains, cette expérience allait aussi m'être utile. J'avais pris l'habitude, surtout pour Esmée à ses débuts, d'être particulièrement attentif à la présence humaine. Cependant, lui-même était particulièrement entraîné à les repérer maintenant. De plus, il était bien plus rapide que moi en course. Mais soit. Je lui faisais confiance tout de même. Même s'il s'élançait, je savais qu'il pourrait se retenir à temps.
Je le voyais dans ses yeux, sous le doute.
Je voyais sa tristesse... Ce déclic qui s'était fait lorsqu'il avait tué cette femme.
Notre nature était trop instable pour être réfrénée avec des sélections de proies... La faute était inévitable. Et peut être qu'un jour elle m'arriverait aussi. La transmutation de trop, l'humain dont la flagrance me serait irrépressible... La chirurgie trop tentante... Tout pouvait encore arriver en une éternité...

- Je te laisse passer devant ?

Du regard, je le rassurais et essayais de lui transmettre tout la confiance que j'avais en lui. Je restais persuadé que s'il chassait et qu'il retournait à la maison pour revoir Esmée, tout apparaîtrait comme une évidence. Sa place était parmi nous. Nous étions une famille.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mar 20 Déc - 14:56

Chasser. Je savais que je ne pouvais pas y échapper. J’avais conscience du fait que de toute façon, je ne pourrais pas continuer de la sorte sans que la situation ne dégénère plus. Dix jours que je n’avais pas bu. Dix jours … J’avais l’impression que cela faisait une éternité. La brûlure dans ma gorge était si vive qu’elle m’empêchait presque de réfléchir. Et pourtant, je me souvenais comme si c’était hier de mon dernier repas… Mes dents s’enfonçant dans la chair agréablement chaude. Le sang gorgeant ma bouche. Le seul fait de penser à chasser me faisait revoir sans cesse ces grands yeux bleus. Cette femme… Non, je ne devais pas y penser. C’était fini. Tout était fini. Je fermais les yeux, dans une faible tentative pour ne pas perdre le contrôle.

- Bien sur... Oui. Puis-je t'accompagner ?


Mon ventre se sera à ses propos. Toujours cette bataille en moi. L’envie qu’il m’accompagne pour ne pas être seul. Après tout, n’était-ce pas lui qui m’avait accompagné depuis ma première chasse ? Et de l’autre, la peur de déraper, de le faire souffrir plus encore … J’avais une incroyable confiance en lui, mais je ne pouvais pas en dire autant de moi. Je savais que, malgré tout le mal que j’avais déjà fait, je pouvais faire encore bien pire. La bête en moi était la plus puissante. Elle l’était depuis trop longtemps. Et même si ma volonté était aujourd’hui plus forte que jamais, de part mes actes, et la présence de ce père à mes côtés, je doutais qu’elle suffise à dompter le monstre de la soif. J’hochais la tête à son encontre. En signe de remerciement peut être, ou par simple habitude. Juste parce que je comprenais ce qu’il pensait. Et parce qu’il le fallait. Je ne devais causer aucun accident aujourd’hui. Ni demain. Ni jamais. Rester … C’était facile à dire, mais dangereux. Trop dangereux avec un être aussi instable que moi dans les parages. Il ne faudrait plus que je sorte seul. Non. Maison, et forêt avec Carlisle. Chasse régulière pour ne prendre aucun risque. Des animaux, et seulement des animaux. C’était ma promesse. Promesse à mon père en revenant ici. Promesse à moi-même. Promesse à cette fille qui n’avait pas eu de chance. Cela suffirait-il ?

- Je pense qu'il y a peu de risque à ce que tu chasses tout de suite. A cette heure, peu de gens sont réveillés et nous pouvons aller dans les montagnes si cela te rassure. Et... Ne t'inquiète pas, je garderais mes distances.


- Merci, fut ma seule réponse.

L’idée de le blesser était presque pire que le reste. Non pas qu’il ne sache pas se défendre. Il n’aurait probablement pas de mal à me repousser. Mais ce serait comme achever de le blesser. Une démonstration de l’être abjecte que j’étais devenu. Et je ne le tolérerai pas. En cet instant, je semblais forgé d’une volonté à toute épreuve. Il ne manquait plus qu’à l’éprouver. Comme en écho à cette pensée, mon père me demanda de passer devant. Cet instant auquel je n’avais pu me résoudre depuis dix jours. Avec mon père, comme en souvenir du temps passé. Par ma faute. Mais ce n’était pas l’heure de m’apitoyer sur moi-même. Je cherchai ses yeux une dernière fois, en quête de réconfort. Lorsque je plongeai dans ce puits d’or liquide, je n’y trouvai que douceur et confiance. J’aurais voulu lui sourire et le remercier, mais je restai là quelques instants à me gorger de ce qui m’avait tant manqué.
Ma bouche était pleine de l’amertume du venin. Le monstre était là auprès de moi, et il savait que c’était bientôt son heure. Je rejetai cela au fond de moi. J’avalai ma salive encore et encore, dans une tentative désespérée pour repousser celui que je ne voulais pas être. Pourtant, tout en moi criait que c’était peine perdue. Il était une partie de moi, et je devais juste apprendre à vivre avec. Être le plus fort des deux. J’aurais presque pu rire à cette pensée tant cela me paraissait invraisemblable. Impossible. Mais je regardai mon père, preuve vivante que la volonté pouvait être la plus forte. Et je savais que seule l’obstination et sa présence pourraient me sauver.

Je pris la direction de l’ouest, pour m’enfoncer au maximum dans la white mountain national forest. D’abord en marchant. Je me frottai les mains comme pour me réchauffer. Pourtant je n’avais pas froid, je ne pouvais avoir froid. La nervosité qui coulait en moi me rendait à la fois plus humain et plus bestial, comme si j’avais conservé les travers des deux créatures. Je me décidai à accélérer tandis que je sentais la pression des pensées humaines diminuées en moi. Mais je ne chassai pas. Je courrai, pour m’éloigner, pour oublier. Je sentais la présence de mon père derrière moi, sans toutefois y prêter attention. Je savais qu’il était là, et c’était le plus important. Sa présence me rassurait. Et je pus courir plus librement que depuis bien longtemps. L’air qui fouettait mon visage était comme la claque à laquelle j’avais tant aspiré. Froide comme ma peau, comme mon cœur, mort. Aussi glacée que l’eau dans laquelle reposaient tous les gens que j’avais massacrés. Lorsque nous nous fûmes suffisamment enfoncés dans la montagne, je ralentis. Il fallait que je me laisse aller. Que je laisse mes sens prendre le dessus. Mais je n’arrivai pas à le faire, je ne pouvais pas m’y résoudre. J’avais l’impression de m’avancer vers le dernier combat, celui qui causerait ma fin. Je sentis alors Carlisle à mes côtés, plus fort qu’auparavant. Mes pensées tournaient vers les siennes, mes sens vers les siens, je me gorgeais de son assurance autant que son odeur. Il était si persuadé que tout irait bien. Comme toujours. Comme je devais l’entendre maintenant.
Aspirant l’air petit à petit, je me rassurai de ne pas sentir d’humains. Respirant plus librement, je m’emplissais enfin des senteurs alentours. Les fragrances végétales et humides du cresson et de la fétuque. Les noyers, sapins et bouleaux blancs ajoutaient à l’air leur arôme typique. Et derrière tout ça, peut être parce que je cherchai à les éloigner, les odeurs plus animales. Jaseurs, bec croisé des sapins, ils étaient tous là. Et puis … Rennes et élans se trouvaient également à proximité. Je reconnaissais cette saveur à la fois bestiale, et végétal, ou le sang se mêle aux parfums de champignons de lichens et d’écorce. Je sentais la présence de deux orignaux plus à l’ouest. Et déjà, mes sens prenaient le dessus. Un mâle et une femelle. Lui avait une odeur plus minérale. Son cœur adoptait un rythme lent. La bête ne se savait pas repérée. Et pourtant son sang chantait déjà pour moi, si affamé. Il devait être de taille moyenne, environ 550kg. Son poil humide dégagé une odeur bestial. Je me figeais un instant, dans une tentative désespérée pour garder le contrôle. Mais je ne contrôlai plus rien et m’élançai déjà vers l’animal en rut. Il ne mit pas longtemps à me repérer. Je mis encore moins longtemps à arriver sur lui. Grand, des bois impressionnants, je n’éprouvai pourtant aucune peur. J’étais plus puissant, plus rapide, et entrainé. J’étais une arme de mort. Le sang de l’animal se figea un instant avant que son cœur se mette à chanter crescendo, comme prit dans une course folle. Lorsque mes mains se posèrent sur lui, je ne pus m’empêcher de regretter le velouté de la peau de la fille. Sa fraîcheur électrisante. Et lorsque mes dents embrassèrent sa chair, le dégout s’imprégna en moi aussi rapidement que son sang. Bien qu’apaisant légèrement la brûlure de ma gorge, je ne pouvais m’empêcher d’avoir envi de regoûter aux hommes. Ce sang si fruité et épicé, chantant, et si puissant. Enivrant. Bien plus que n’importe quoi d’autre. Mais je m’obstinai et plantai mes dents avec plus de rage que jamais dans cet animal dont le cœur chantait de moins en moins. L’animal cessa de bouger complètement. J’avais toujours soif et j’avais tellement besoin de sang… Les dernières gouttes de sang disparues, je n’aspirai qu’à une touche de miel. Rien qu’une seule. Je regardai l’élan mort sous moi, mais je ne le voyais plus. Seule le souvenir d’une femme était présent en moi. De grands yeux bleus me suppliant de l’aider. Je m’écartai brusquement, espérant éloigner cette vision d’horreur qui me hantait. Cette chasse me dégoutait. Je me dégoutais. Incapable de me contrôler. Pas plus que d’oublier. Comment allai-je m’en sortir ? Je regardai autour de moi. Mon père était venu avec moi. Il ne devait pas être loin. Je constatai que le deuxième cervidé avait fui, mais la femelle était tombée sous le coup de mon mentor vingt mètres plus loin.

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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Lun 26 Déc - 16:11

Je m’attendais qu’il me rejette. Je m’attendais à ce qu’il tente de me convaincre de ne pas l’accompagner. Que je serais en danger. Je prévoyais déjà mes contres arguments… Inutiles…
Au contraire, il ne répondit rien, mais se contenta d’acquiescer de la tête. Cela signifiait beaucoup pour moi. Il m’acceptait. Et même, il me remerciait.

Il avait l’air si faible. Si perdu. Seigneur… Comment en étions-nous arrivé là ? Comment avais-je laissé tout ceci arriver ? Pourquoi ne l’avais-je pas retenu plus fortement à l’époque ? Pourquoi ? Parce qu’Edward avait le droit à sa liberté. Parce qu’il avait le droit de vivre la vie qu’il avait choisi. Même si je considérais ses choix comme n’étant pas les meilleurs…
Mais qui étais-je pour juger après tout ?

Comme souvent, je le sentis douter et ses yeux cherchèrent les miens pour trouver des réponses. Je n’en avais pas vraiment à lui donner, mais je soutins son regard. S’il pouvait trouver dans ma tête quelques solutions, qu’il y fouille. J’étais prêt à tout pour le retrouver. Cela étant, je ne connaissais qu’une seule manière de parvenir à trouver sa voie. La volonté. Aussi, je lui montrais à quel point j’avais confiance en lui. A quel point j’étais heureux qu’il soit là. Et me dire que j’allais chasser avec lui, comme avant –ou presque – me donnait un sentiment de nostalgie incroyable mêlé de joie.
Nous restâmes comme des statues de cire pendant un long moment. Lui interrogatif, et moi rassurant. Je ne voulais pas le brusquer. Le départ devait être de son fait et non du mien. Quand il serait prêt, nous irons. Pour ma part, j’avais tout mon temps.

Et puis soudain, il se détourna et se mit à marcher lentement, comme s’il n’était pas encore sûr de sa décision. Sans un mot, nous tournâmes le dos au soleil levant pour rejoindre le parc national. Je sentais l’anxiété transparaître dans chacun de ses pas, dans chacun de ses gestes. Cent fois, j’eus envie de dire un mot, quelque chose pour le soulager. Mais je ne savais que trop bien qu’il n’y avait aucun mot pour cela.
« Tout ira bien ? » Pas sûr.
Comment rassurer quelqu’un quand l’on n’est même pas sûr à cent pour cent soi-même ?

Je le suivis sans grande difficulté lorsqu’il se mit à courir. Je ne sentais pas encore de gibier tout proche, aussi je restais près de lui, attentif au moindre changement de comportement de sa part et à la moindre odeur. Lorsqu’il ralentit, je sus que la chasse avait commencé. Je laissais un peu plus d’écart entre nous, et inhalais profondément l’air. Je me demandais si je n’allais pas chasser aussi. Cependant, j’avais chassé l’avant-veille et je n’avais pas très soif. Je décidais d’attendre et de voir si la chasse d’Edward excitait assez mon monstre intérieur pour le laisser prendre un peu le dessus. Mais pour le moment, je devais rester maître de moi. Pour lui.

Ses pas se firent plus prédateur mais il hésitait. J’avais chassé tellement de temps avec lui, tellement de fois, que je connaissais son comportement à la chasse comme personne. Et là, j’avais l’impression de retrouver le vampire nouveau né, incertain et fébrile. Comme à l’époque, je restais en retrait mais assez près de lui pour qu’il se sente soutenu. Je profitais de son don pour l’encourager. J’espérais qu’il aurait assez confiance en moi pour m’écouter.

Je dus repérer les cervidés au même moment que lui car d’un même mouvement nos deux corps se figèrent et adoptèrent la même posture de chasse. Cependant, je me repris aussitôt et fis deux pas en arrière jusqu’à sentir un arbre contre mon dos. Je ne devais pas bouger de là. Même si l’odeur était tentante…
Je le vis s’élancer à pleine vitesse. Je le vis percuter l’animal avec force avant de planter ses crocs dans le cuir, faisant jaillir le sang et son odeur. Je sentis mes pupilles se rétrécir sous l’envie et le venin coula dans ma gorge. Heureusement que j’avais chassé peu de temps auparavant, cela aurait été une torture sinon.
Je le regardais se nourrir avec intérêt surveillant de nouveau le moindre de ses gestes et en humant l’air à la recherche d’une odeur qui pourrait être plus tentante que celle des animaux. Bien heureusement, je n’en décelais aucune pour le moment.
Cependant, son geste se suspendit après avoir terminé le premier cerf. J’aurais pensé qu’il se jetterait sur un second. Je savais qu’il avait besoin d’au moins deux bêtes pour se rassasier. Et même plus. Sa soif devait être si intense… Un ours aurait été parfait.

Je vis les deux cervidés tenter de s’enfuir et ce fut plus fort que moi. En une seconde, j’étais près de la femelle et lui coupais la route pour empêcher toute retraite. Mon fils doutait et je n’allais pas le laisser parcourir la forêt en chasse d’un gibier que je pouvais garder près de lui. Au début, je voulais la conserver vivante et la rabattre vers lui, mais son mouvement attira mon attention. Il venait de se relever et la femelle profita de ce moment d’inattention de ma part pour passer entre les arbres. Un clignement d’œil plus tard, elle recevait un coup à la nuque la faisant tomber aussitôt. Elle était encore vivante, mais incapable de se relever, elle soufflait envoyant des feuilles sur mes chaussures.
Je levais les yeux sur Edward, m’attendant à voir ce que j’y trouvais effectivement.
Douleur.
Dégoût.
Doute.
Les trois « D » du parfait vampire végétarien.

Je lui souris faiblement en baissant les yeux sur l’animal qui tentait vainement de se relever. Tout mon corps me disait de me pencher et de mettre fin à ce battement de cœur envoûtant. De la libérer de la douleur en aspirant sa force vitale.
Tout mon corps oui.
Mais mon esprit s’arc bouta contre la pulsion et je fis un pas en arrière. Puis un second. Le venin coulait dans ma gorge, donnant ce goût acide qui m’était si familier à présent. Et je reculais encore, pour le laisser prendre ma proie, comme un cadeau de bienvenue.
Il était extrêmement difficile pour un vampire de donner une prise. Une fois que notre attention est captée, une fois que la chasse est commencée, on devient comme obnubilé par la proie. La mise à mort est obligatoire et la satisfaction du sang suffit à calmer l’obsession.
J’allais devoir me passer de cette «plaisir primaire pour cette fois.

Je reculais encore en le regardant, déglutissant plusieurs fois pour enlever le venin de ma bouche. Mes premiers pas avaient été peu assurés, mais à mesure que je m’éloignais de la bête, mon esprit refaisait surface, gagnant sur le monstre.
Mes yeux étaient noirs et pourtant je ne souffrais pas.
En fait, étonnamment, mon esprit était tranquille. Comme un véritable parent donnerait sa vie pour son enfant, je préférais souffrir mille fois plutôt que lui ne souffre.
Je lui laissais le cerf avec bon cœur et même bonheur.
Que n’aurais-je pas donné pour le revoir quelques heures plus tôt ? Un cerf était tellement peu cher payé.
Je sentis de nouveau un tronc dans mon dos et m’immobilisais, les bras croisé sur la poitrine. Je me concentrais sur ma respiration et les odeurs végétales pour occulter celle du sang, omniprésente. J’attendis qu’il ait terminé de se nourrir et murmurais en pensée, redécouvrant les joies de parler mentalement à mon fils.

Tu t’en sors très bien, fils… Veux-tu chasser encore ?




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MessageSujet: Re: 1931 RPG-prise de conscience (PV Carlisle)   Mer 28 Déc - 23:01

Je regardais l’animal se débattre pour s’enfuir, mais il n’avait aucune chance face à un vampire. Qu’importe sa force, son envergure, rien ne résistait face à notre espèce. Mes yeux retombèrent sur Carlisle. Il me sourit. Je ne comprenais pas pourquoi il me regardait de la sorte, pourquoi jouait-il avec l’orignal. Je savais comme c’était douloureux de résister à l’appel du sang. Je compris après coup qu’il m’offrait sa proie. Il devait estimer que je n’avais pas assez bu. Il avait raison, je n’avais pas assez bu. Mais comment lui faire comprendre que rien ne me sustenterait ce soir. Comment lui dire que la seule chose à laquelle j’aspirais m’était interdit. Je ne le pouvais pas. Et l’idée de replanter mes crocs dans cette chair animale me dégouter. Si j’avais été humain, j’aurais eu des hauts le cœur. Mais je n’étais pas de cette race, et au fond de moi, je n’aspirais qu’à elle.

Le vampire fit un pas en arrière. Je ressentais sa bataille intérieure. Ô combien il était difficile de renoncer à une proie, alors que son cœur chantait si fort pour nous. Mais Carlisle était le plus fort, et peu à peu le combat se faisait moins rude. Et malgré ses prunelles rendues noires par la tentation, il domptait sa volonté, son désir de me contenter plus fort que le reste. Lorsqu’un arbre se mit sur sa route, il ne put plus reculer, mais sa posture indiquait clairement qu’il avait lâché prise et que c’était à mon tour de m’occuper de l’animal.

Je déglutis difficilement. Le venin emplissait ma bouche. M’abreuver de l’élan n’avait fait que mon rappeler à quel point j’avais soif. Boire son sang n’avait fait que me souvenir ce que j’avais perdu. Je voulais du sang humain. J’en avais besoin, je le sentais. Je le savais. Chaque cellule de mon corps me criait cette évidence, à commencer par ma gorge en feu. Mais je ne pouvais pas. Et le seul cœur à chanter pour moi était celui de cet animal. Cet animal qui me dégoutait.

Boum boum, boum boum.

Son cœur s’affolait alors qu’elle comprenait qu’elle était piégée entre deux prédateurs sanguinaires. De plus en plus vite, de plus en plus fort, comme le final d’un concerto. Celui qui marque les esprits. Et je ne pouvais plus résister. Mes sens se focalisèrent sur l’animal. La femelle s’immobilisa face à moi. Ses yeux montraient tout l’affolement qui l’habitait. Sa peau était parcourue de tics nerveux. Et toujours son sang qui chantait pour moi. Je pris une position d’attaque sans même m’en apercevoir. Je ne pouvais lutter contre cet appel. Je m’élançais vif, puissant. Un court instant plus tard j’étais face à elle. Elle tenta de donner un coup de tête pour se défendre, mais elle ne pouvait rien, j’étais déjà passé, et son sang dansait maintenant pour moi, alors mes dents trouvaient sa chair. Encore une fois, mordre fut presque aussi douloureux que résister. J’avais l’impression d’être quelqu’un d’autre. Mais qui était le vrai moi ? Celui qui se battait pour boire du sang humain, ou celui qui se battait pour ne pas en boire ? Je ne pouvais le dire. J’étais perdu. Je m’étais promis de ne pas craquer, mais comment ferais-je, quand c’était si tentant ? Le sang de l’animal emplissait ma bouche, calmant peu à peu la brûlure de ma gorge. L’envie était toujours présente, mais plus lointaine. La douleur était là, mais je la contrôlais. Je la conservai, comme un souvenir de ce que j’avais fait. Je n’aurais jamais du me nourrir d’humain. Ce serait maintenant mon fardeau. Je ne l’oublierais pas.

Lorsque je relâchai l’animal, vide, je revis la fille étendue à mes pieds, après que je m’en sois abreuvé. Je revoyais ses yeux qui m’appelaient, ses yeux qui s’étaient éteints par ma faute. Ma faute. La souffrance que cette certitude me procurait était aussi puissante que la soif. Mais je ne me roulais plus par terre accablé par le remord ou le chagrin. Le sang que j’avais absorbé me donnait suffisamment de force pour ne plus m’effondrer. J’étais toujours le même, et je retrouvais mes habitudes d’entend. Je supprimais tout sentiment exprimé de mon visage. C’était mon tourment, et ce n’était pas à mon père d’en subir les conséquences.

Je me redressais. J’espérais qu’il ne voudrait pas que je boive encore car je ne m’en sentais pas capable. Et j’avais maintenant suffisamment de force pour garder mon contrôle. Lorsque je fus sûr de contrôler mes émotions, je relevais la tête, cherchant mon père. Il était là, toujours adossé à son arbre et il me regardait. Je lui étais reconnaissant de son offre. Je savais que ça avait été très dur pour lui de me regarder me nourrir.

Tu t’en sors très bien, fils… Veux-tu chasser encore ?


Sa voix dans ma tête me fit presque sursauter. Je m’étais totalement déconnecté de ce monde pour la chasse, et je faillis perdre mon masque. Pourtant, nul ressentiment à son encontre. J’étais trop soulagé de l’avoir retrouvé. Je souris vaguement pour lui montrer que je le remerciais. Et d’un signe de tête je lui fis comprendre que je m’étais déjà trop sustenté. Je me rapprochais de lui doucement. Je ne savais pas trop quoi dire ni faire. Comment reprendre le cours normal de sa vie lorsque l’on s’est évertué à s’en écarter pendant tant d’années ? Je me sentais vide, mort. Et les seules choses en moi étaient ces souvenirs. Et Carlisle. La seule lumière à la sortie du tunnel. Je venais me placer face à lui. Je plaçais ma main sur son épaule, et plongeant mes yeux dans les siens, je m’excusais.

- Je suis désolée pour tout ça.

Nulle crise à l’horizon. J’avais lâché prise. Me battre avec l’idée de ce que j’avais fait ne servirait à rien. La seule chose que je pouvais faire c’était l’accepter, et me battre pour ne plus retomber. Et essayer de me faire pardonner. Je me sentais mort. Je savais que rien ne serait plus aussi beau qu’avant, car mes mains étaient souillées, mon corps entier même.

Je détournai les yeux et m’écartai de lui. J’avais conscience de ce que nous venions de traverser. Et même si je venais de me contenter du sang animal, le plus dur restait à venir. Vivre aux milieux des humains, encore. Et réussir, maintenant. Un rictus déforma ma bouche un instant à cette pensée. Mais ma décision était prise. Je m’en rendais compte maintenant. Ma décision était prise depuis longtemps, avant même d’être arrivé à Portland probablement. Je devais reprendre le cours de ma vie, aussi désolée soit-elle.
Comme un enfant apeuré, je demandais, sans oser le regarder :

- Alors… La prochaine étape, c’est quoi ? On rentre … à la maison ?, dis-je, hésitant.

Je savais ce qu’il pensait. Je lisais en lui. Il ne pensait qu’à ça depuis qu’on s’était retrouvé. Pourtant, j’avais peur de sa réaction. Je n’osais pas le regarder. Il allait probablement se passer quelque chose. Tout ne pouvait pas aller bien. Et plus que tout, j’avais peur de rentrer chez moi.

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